Rendez-vous dans mille ans

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Petit quiz pour se décrasser le neurone :

Question 1 : Combien de temps faut-il à la terre pour constituer naturellement 2 à 3 centimètres de sol fertile ? 10 ans ? b) 50 ans ? c) 150 ans ? Si vous faites partie des rabat-joie qui ont coché la réponse c, sachez que vous êtes… très en dessous de la vérité ! La bonne réponse est 1000 ans !

Question 2 : combien de temps faut-il à un sénateur pour organiser le ravage de millions d’hectares de sols fertiles ? 10 ans ? b) 6 mois ? c) une journée ? Là c’est plus facile : les réponses b et c font l’affaire…

La proposition de loi du sénateur Laurent Duplomb, un élu « de terrain » qui ne redoute pas les conflits d’intérêts (c’est un pur produit de l’agro-industrie laitière et de la FNSEA) vise à réautoriser l’utilisation de pesticides interdits (par exemple les néonicotinoïdes, dits “tueurs d’abeilles”) et leur épandage par drones. De quoi stériliser les sols, qui nécessiteront toujours plus d’engrais chimiques, pour maintenir une agriculture industrielle condamnée à terme par le changement climatique… et l’épuisement des sols ! Dans l’espoir -illusoire- de maintenir la productivité à l’hectare, ce modèle mise exclusivement sur la monoculture. Une seule variété de blé ici, une seule variété de betterave là. Or la monoculture favorise le développement des ravageurs, par un premier effet très simple : plus les plants d’une variété sont concentrés, plus un insecte ou un champignon qui s’en délecte pourra se reproduire et se propager. En revanche, la diversité des variétés, la polyculture, créent des barrières physiques qui cantonnent les indésirables. La punaise diabolique par exemple, fait bombance dans les noisetiers. Son kif à elle, c’est la noisette. Or en France l’objectif est de planter 1000 ha de noisetiers par an. Bien alignés, tous identiques, bien industriels. Pour favoriser les populations d’écureuils ? Pas précisément. Pour rassasier la voracité de Ferrero, l’industriel qui produit le Nutella et qui consomme 30 % des noisettes produites dans le monde. C’est, entre autres, pour combattre la punaise diabolique que M. Duplomb veut réautoriser l’acétamipride, un néonicotinoïde interdit depuis 2020, dont les effets dans la nature se perpétuent longtemps, très longtemps après son épandage.

Question 3 : qui, quand les sols seront stériles pour 1000 ans, viendra demander des comptes à M. Duplomb ?