Une mission d’exploration du génome de la faune marine de France

Gerd Altmann de Pixabay

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Gerd Altmann de Pixabay
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Une vaste mission d’exploration de la faune marine de France, deuxième espace maritime au monde, sera lancée en juin pour récolter 4.500 espèces et séquencer leur génome à des fins de recherche et de documentation de la biodiversité.

Ce programme, d’une durée de sept ans, vise à créer un premier « atlas des génomes marins » qui s’inscrit dans la soixantaine de projets internationaux de séquençage de la biodiversité, a annoncé vendredi le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), responsable du projet DIVE-Sea.

La première expédition sera lancée en juin dans la station marine de Dinard (Ille-et-Vilaine) afin de récolter des milliers d’organismes eucaryotes – ceux dont les cellules possèdent un noyau – ce qui exclut les bactéries et les archées (micro-organismes unicellulaires).

Il s’agit pour beaucoup de spécimens microscopiques invisibles à l’oeil nu, que les plongeurs sous-marins pourront dénicher à l’aide d’aspirateurs et paniers de brossage, a détaillé lors d’une conférence de presse Line Le Gall, pilote du projet DIVE-Sea.

Les expéditions menées sur une dizaine de sites le long du littoral de métropole, ainsi qu’en outre-mer, visent à échantillonner 4.500 espèces soit « un tiers de espèces marines recensées à l’échelle de la France depuis plusieurs siècles d’observation », a précisé cette spécialiste des algues. Un défi, « car il va falloir qu’on retrouve ces espèces qui ont été recensées durant 300 ans, et dont certaines n’ont été vues qu’une seule fois », a-t-elle ajouté.

Une fois échantillonnés, les spécimens seront acheminés au Genoscope d’Evry en région parisienne, par une chaîne de grand froid (-80 degrés), pour ne pas dégrader l’ADN.

L’ADN de chaque échantillon sera « extrait, séquencé, annoté pour identifier la position des gènes et obtenir des génomes de référence », a détaillé Hugues Roest Crollius du CNRS, co-directeur du projet.

Les données seront en accès libre pour les chercheurs, pour pouvoir mieux « documenter la biodiversité tant qu’elle est encore là, parce qu’elle est fragile », a insisté le président du MNHN, Gilles Bloch.

L’atlas permettra notamment de mieux comprendre les espèces invasives en décortiquant « ce qu’il se passe au niveau génomique quand une espèce déplace les espèces résidentes », a précisé Hugues Roest Crollius.

Il permettra aussi d’accéder à des « molécules d’intérêt » pour la médecine ou l’agriculture. « Nous savons aujourd’hui que des organismes marins synthétisent des molécules intéressantes, mais pour avoir la +recette+, il faut pouvoir accéder à leur génome », a ajouté le chercheur.