🆓 Europe, Afrique : les effets du dérèglement climatique sur la faune et la flore sont déjà visibles

Photo © Gerd Altmann de Pixabay

1411
⏱ Lecture 3 mn.

La Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) fait le bilan des conséquences du dérèglement climatique sur la biodiversité dans les écosystèmes forestiers et littoraux d’Europe et d’Afrique dans une large synthèse de la littérature scientifique.

En Europe comme en Afrique, le changement climatique affecte déjà la biodiversité, les écosystèmes et les services fournis par la nature dont bénéficient les populations humaines. Il se manifeste de différentes manières, notamment par un déplacement des aires de répartition des espèces, des modifications des cycles de vie des organismes, avec une floraison et une maturité plus précoces chez de nombreuses plantes et des périodes de migration et de reproduction modifiées chez certains animaux, pouvant créer un décalage temporel entre le cycle de vie des espèces et le pic d’abondance de leurs ressources alimentaires.

L’augmentation des températures, la diminution des précipitations et l’allongement des saisons sèches sont des facteurs de changement importants pour les écosystèmes. La modification des régimes de précipitations pourrait avoir des effets prononcés sur la structure de la végétation et la production des plantes. Les sécheresses, incendies et inondations gagnent en fréquence et en intensité, avec de lourdes conséquences pour certains espaces naturels et les espèces qui y vivent. En zone méditerranéenne, la disponibilité en eau est le principal facteur limitant pour la croissance des peuplements forestiers, et la sécheresse cause le dépérissement des forêts en augmentant significativement les taux de mortalité. Le changement climatique aggrave la dégradation des sols, provoquant une augmentation de la surface des terres arides et semi-arides, affectant les milieux naturels comme les espaces agricoles.

Les milieux ciblés par l’étude de la FRB – forêts méditerranéennes, forêts tempérées de feuillus et mixtes, forêts tropicales humides, mangroves et récifs coralliens – sont particulièrement impactés et sensibles. Les mangroves méritent une attention toute particulière, car elles sont à la fois des refuges de biodiversité et des alliées dans la lutte contre le changement climatique, stockant de grandes quantités de carbone et jouant un rôle de protection du trait de côte face à la montée des eaux. De nombreux services écosystémiques tels que l’utilisation des ressources forestières, la pêche ou la production agricole vont être affectés par les effets du changement climatique.

La localisation et la délimitation des aires protégées ne sont pas adaptées pour s’aligner avec les changements à venir d’aires de répartition des espèces. La présence de barrières géographiques empêchant la dispersion est la première cause limitant l’adaptation des espèces au changement climatique. Il est donc essentiel de conserver et développer les continuités écologiques qui jouent un rôle de corridors climatiques et d’éviter toute création de nouvelles infrastructures qui viendraient réduire encore davantage la capacité de dispersion des espèces.

Le continent africain concentre des enjeux de biodiversité particulièrement importants. En effet, il regroupe 25 % des points chauds de biodiversité mondiaux, car certains territoires, notamment insulaires comme Madagascar, présentent des taux d’endémisme record. Les espèces endémiques, parce qu’elles sont associées à des habitats très spécifiques, sont particulièrement menacées. En effet, leur zone climatique optimale va se déplacer sur des territoires où les écosystèmes ne sont pas optimaux (en termes d’habitats ou de ressources alimentaires) ou sont dégradés par des activités humaines telles que la déforestation, l’urbanisation ou encore l’extraction de ressources.

Le développement des activités industrielles, parmi lesquelles l’installation d’oléoducs et de gazoducs ou l’exploitation de champs pétroliers et gaziers ont déjà des impacts importants sur la biodiversité : déforestation, dégradation des terres, pollutions et érosion des sols.

« De nombreuses lacunes de connaissances demeurent à ce stade dans notre compréhension de la manière dont le vivant est affecté par le changement climatique et des capacités d’adaptation ou de déplacement des espèces,écrit le rédacteur de la synthèse Nathan Horrenberger. Quand des incertitudes demeurent, il paraît essentiel d’appliquer le principe de précaution, tout particulièrement dans des territoires qui sont déjà soumis à de nombreuses pressions anthropiques, dont plusieurs sont intensifiées par le changement climatique ».

 Lire la synthèse