🔻 Les cinq tendances mondiales qui pourraient décider de l’avenir de la forêt

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Une étude récemment publiée dans la revue Nature Plants a identifié cinq tendances à grande échelle qui pourraient affecter considérablement les forêts à l’avenir, de manière négative et positive.

Une nouvelle étude a identifié cinq tendances mondiales qui pourraient impacter les forêts dans la prochaine décennies, de manière négative et positive. Selon les auteurs, le but de cette étude était d’aborder le lien entre la forêt et l’homme à l’échelle intercontinentale, en reconnaissant les connexions à travers l’espace et dans le temps dans un monde de plus en plus globalisé. Par exemple, la demande européenne et nord-américaine de produits de base tels que l’huile de palme entraîne une dégradation de l’environnement dans les forêts tropicales d’Indonésie ; et les incendies agricoles en Indonésie affectent la santé des populations dans toute l’Asie du Sud-Est.

Pour identifier ces tendances à grande échelle, les scientifiques ont consulté 136 experts de 23 pays et établi une première liste de 98 tendances, par la suite affinée pour n’en garder que cinq qui, selon eux, auront le plus grand impact sur les forêts et qui nécessitent une meilleure compréhension.

Les « mégaperturbations forestières » :
Le changement climatique a un impact sur la santé des forêts. Les mégaperturbations telles que les sécheresses graves ou les pluies excessives ont rendu les forêts plus vulnérables aux maladies et aux agents pathogènes ainsi qu’aux catastrophes d’origine humaine telles que les incendies et les inondations. Il existe de plus en plus de preuves du lien entre les perturbations forestières, les interactions entre l’homme et les forêts et les zoonoses telles que la COVID-19. Pour faire face à ces mégaperturbations, l’étude indique que les politiques devront faire un usage stratégique des différents types de forêts (forêts primaires, forêts secondaires, agroforesterie et plantations).

L' »évolution de la démographie rurale » :
Les communautés qui dépendent des forêts connaissent un exode de populations sans précédent vers les zones urbaines, principalement de la part des hommes. Les migrations en Chine, au Népal, au Mexique et aux Philippines sont ainsi citées comme des exemples de pays où l’évolution de la démographie rurale modifie la façon dont les humains utilisent et dépendent des forêts. Cette tendance mondiale et ses effets sur les forêts sont encore mal compris. La diminution de la population dans les zones rurales peut atténuer la pression sur les forêts et leur permettre de se régénérer. À l’inverse, la demande accrue de nourriture et de ressources dans les zones urbaines pourrait entraîner de grands projets agricoles ou des développements d’infrastructures qui aggraveraient la déforestation.

L' »essor de la classe moyenne » :
Dans les pays à faibles et moyens revenus, la classe moyenne devrait atteindre près de 5 milliards de personnes d’ici 2030, soit environ la moitié de la population mondiale. Comme plus de personnes ont plus d’argent à dépenser, la demande de biens, de nourriture et de marchandises augmentera, ce qui accroîtra la pression sur les terres et les forêts. Déjà, l’augmentation de la demande et de la consommation a entraîné une hausse des achats de terres par les entreprises pour produire du bétail, du soja, de l’huile de palme et d’autres produits de base, et on estime que 27 % des perturbations forestières étaient liées à la déforestation liée aux produits de base entre 2001 et 2015. Pour mieux comprendre cette tendance, l’étude recommande notamment de ne plus gérer les forêts et l’agriculture comme des secteurs distincts.

L' »utilisation des technologies numériques » :
Les téléphones portables, les ordinateurs personnels, les gadgets intelligents et les médias sociaux sont susceptibles d’avoir un impact transformationnel sur le secteur forestier au cours de la prochaine décennie, selon l’étude. L’accès à Internet et aux téléphones portables a plus que septuplé au cours des 20 dernières années, principalement dans les pays industrialisés. Il en va de même pour le développement et l’accessibilité des technologies utilisées pour surveiller et étudier les forêts. Des plateformes telles que Global Forest Watch ont ainsi rendu accessibles au public des données et des images satellites sur la déforestation et les changements de terrain. Ces informations peuvent être utilisées par les ONG, les gestionnaires de forêts et les décideurs politiques, et les communautés peuvent bénéficier de ces outils et technologies d’information. Mais ces mêmes outils peuvent également aider les personnes impliquées dans des activités illicites ou illégales telles que l’exploitation forestière, l’extraction minière et le trafic de drogue.

Le « développement des infrastructures » :
La demande d’énergie et de ressources augmente à mesure que la population mondiale s’accroît. De vastes projets d’infrastructure, tels que l’initiative chinoise « Belt and Road » et la prolifération des barrages dans l’Amazonie andine, transforment et détruisent les forêts. En Amazonie, près de la moitié des déclassements et des réductions des zones protégées sont liés aux barrages hydroélectriques. Et d’ici 2050, on s’attend à ce que plus de 25 millions de kilomètres de nouvelles routes soient construites pour faciliter l’écoulement des marchandises. Ces projets transformeront les forêts dans les décennies à venir.

L’étude appelle à une augmentation des études de cas au sein de ces cinq tendances, à une exploration plus approfondie des tendances dans le temps et l’espace, et à une plus grande attention portée aux causes des changements sociaux et environnementaux.

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