Les tortues caouannes ne s’adapteraient pas au réchauffement climatique (2 mn)

Photo © David Mark de Pixabay

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Une nouvelle étude montre qu’avec le réchauffement climatique, la majorité des populations de tortues caouannes risque de faire face à une chute du succès d’incubation des œufs et de produire près de 100% de nouveau-nés femelles.

Chez les tortues marines, c’est la température du sable incubant les œufs qui détermine leur sexe: plus elle sera chaude, plus ce seront des femelles, plus elle sera froide, plus ce seront des mâles. La température « pivot » correspond à celle qui donnera un sex-ratio équilibré de mâles et de femelles. Sachant cela, quelle est la vulnérabilité des tortues marines face au réchauffement climatique? De manière générale, les espèces ont trois options pour s’adapter à des changements environnementaux. Elles peuvent changer d’aire de distribution, se modifier (par exemple, en s’adaptant génétiquement) ou décaler leur phénologie (les cycles de ponte) dans le temps. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Dans le cas des tortues marines, les deux premières options ne semblent ni possible, ni efficace : elles sont très fidèles à leur sites de ponte, et s’adaptent très lentement, du fait de leur longévité et de leur maturité sexuelle tardive. Il semblerait donc que venir pondre plus tôt dans la saison (modification de leur phénologie) soit la dernière option restante. Une étude impliquant des chercheurs du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) s’est ainsi penchée sur la « dette climatique » des tortues caouannes, c’est à dire la mesure de la vitesse et de l’efficacité à laquelle elles suivent le changement du climat pour rester dans des conditions environnementales favorables. Ils ont suivi sept populations de tortues caouannes venant pondre à Dalyan Beach en Turquie, à Blackbeard Island et Wassaw Island en Géorgie aux USA, à Boca Raton en Floride aux USA, à Praia do Forte et à Rio de Janeiro au Brésil et à Bhanga Nek en Afrique du Sud. Actuellement, le succès d’incubation des œufs est optimal pour l’ensemble des populations, « sauf celle venant pondre à Boca Raton qui subit déjà de fortes chaleurs, explique le CNRS dans un communiqué. Moins de 5% de nouveau-nés mâles sont actuellement attendus à Boca Raton et à Praia do Forte tandis que les autres populations en produisent plus de 10%. » Les scientifiques ont évalué les changements attendus d’ici 2100 selon deux scénarios d’augmentation de la température, l’un optimiste, l’autre extrême et en considérant l’avancement de la phénologie des pontes.

Leurs résultats montrent que chez les tortues caouannes, le timing des pontes dépend de la température que les femelles adultes ressentent dans leur environnement. « En moyenne, une augmentation de 1°C décale de 7 jours plus tôt la saison de ponte. Par conséquent, la saison de ponte sera avancée de 14 jours si la température augmente de 2°C. » Mais un tel changement de phénologie est-il assez rapide pour pallier l’impact d’une augmentation de température sur le sexe des nouveau-nés ? « Parmi sept populations de tortues Caouannes, les chercheurs prédisent qu’une seule sera capable de contrer efficacement une augmentation de 1,19°C de la température de la mer et de 2,12°C de la température de l’air d’ici la fin du siècle« , selon leur scénario optimiste. Quant aux six autres populations, leur dette climatique augmentera. Et dans le cas du scénario le plus extrême aucune population ne parviendra à suivre la vitesse du réchauffement. « La population venant pondre en Turquie sera seulement capable d’atténuer l’impact d’un tel réchauffement en produisant toujours quelques nouveau-nés mâles tandis que les six autres populations (réparties aux États-Unis, au Brésil et en Afrique du Sud) ne produiront que des femelles et devront faire face, dans tous les cas, à une chute du succès d’incubation des œufs. » Selon l’étude, un grand nombre de populations de tortues Caouannes ne seraient donc pas capable de s’adapter au changement climatique.

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