🔻 Queue de loup : 2 mois de prison avec sursis requis contre le président des Hautes-Alpes

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Deux mois de prison avec sursis ont été requis lundi 15 février au tribunal correctionnel de Gap à l’encontre du président du conseil départemental des Hautes-Alpes Jean-Marie Bernard (LR) pour avoir offert une queue de loup, un animal protégé, à l’ancienne préfète du département.

Pour avoir offert une queue de loup, le président du conseil départemental des Hautes-Alpes Jean-Marie Bernard vient d’écoper de deux mois de prison avec sursis. Le procureur de la République de Gap Florent Crouhy a également requis 3.500 euros d’amende à l’encontre de l’élu jugé pour détention, transport et cession d’une partie d’espèce protégée, un délit passible de trois ans de prison et 150.000 euros d’amende.

Le président des Hautes-Alpes avait remis le 21 février 2020 cet appendice de l’animal à la préfète Cécile Bigot-Dekeyzer lors de sa cérémonie de départ. Pour lui, il s’agissait d’un « acte politique » qu’il avait revendiqué pour défendre les éleveurs, confrontés aux attaques du loup sur leurs troupeaux. Plusieurs associations de défense de l’environnement avaient alors saisi la justice et l’enquête ouverte par le parquet avait abouti en décembre à une comparution en reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC). L’élu avait rejeté cette option, rendant inéluctable un procès. C’est « un clin d’oeil que j’ai voulu faire et un geste fort: les préfets passent, le loup reste et les éleveurs sont toujours aussi désespérés« , avait déclaré à l’AFP M. Bernard en février 2020.

En marge de l’audience, plusieurs centaines d’agriculteurs et éleveurs mais aussi des associations de défense de l’environnement ont manifesté devant le tribunal correctionnel. « Cette réquisition est tout à fait extravagante« , a réagi auprès de l’AFP Me Philippe Neveu, l’avocat de Jean-Marie Bernard, estimant que « raisonnablement, le tribunal devrait relaxer » son client. « Le réquisitoire ressemblait plus à un plaidoyer sur l’action de l’État« , a-t-il encore déploré. La démarche de M. Bernard « était à vocation politique assumée. On acquitterait une militante Femen qui abat une statue de cire de Poutine au musée Grévin; on relaxerait des activistes (de Génération identitaire, ndlr) à la frontière franco-italienne et on ne reconnaîtrait pas la dimension politique du geste d’un élu au cours d’une cérémonie officielle ?« , s’est indigné M. Neveu. Pour Me Mathieu Victoria, l’avocat de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), qui avait porté plainte, « la réquisition du procureur est très motivée et la peine me paraît très cohérente avec l’infraction pénale commise« , a-t-il dit à l’AFP.

A l’audience, M. Bernard « a maintenu sa position totalement ubuesque et nous la nôtre (…). Le débat sur le loup mérite autre chose que ce buzz« , a-t-il ajouté. Avant le procès, la défense de M. Bernard avait indiqué que ce dernier avait trouvé cette queue de loup sur sa boîte aux lettres quelques semaines avant la cérémonie et serait « incapable de dire » s’il s’agissait d’une queue de loup. Selon le procureur le prévenu « savait parfaitement qu’il avait entre les mains une queue de loup« . « Ce n’est que quelques jours plus tard qu’il a rétropédalé et dit qu’il n’avait pas de certitudes » a-t-il affirmé. Le jugement a été mis en délibéré au 12 mars.