Ours abattu en Ariège : plainte contre X des ONG sur fond d’omerta

Photo d'illustration © ofb

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Alors que l’enquête pour déterminer qui a tué un jeune ours mâle en Ariège début juin patine, vingt associations de protection de la nature ont porté plainte contre X.

Vingt associations de protection de la nature se sont regroupées pour déposer une plainte contre X après qu’un ours a été tué en Ariège début juin, sur fond de tensions entre éleveurs et défenseurs du plantigrade. L’enquête en cours a déterminé que l’ours brun de quatre ans avait été tué par balle, « un délit de destruction d’une espèce protégée« , rappellent dans un communiqué conjoint les associations plaignantes, locales et nationales, dont l’ASPAS, Férus, France Nature Environnement ou Pays de l’Ours-Adet. « Plus que des dommages et intérêts, (ces associations) attendent que le dossier soit renvoyé devant une juridiction pénale, le tribunal correctionnel, pour envoyer un message fort, notamment aux personnes qui se disent anti-ours, pour que ce type d’agissement ne se reproduise pas« , a indiqué à l’AFP leur avocate, Me Alice Terrasse.

La plainte, déposée mercredi 24 juin auprès du procureur de la République de Foix, a aussi pour but « d’appuyer l’enquête en cours, dans l’espoir que les associations puissent se constituer parties civiles lors d’une audience publique si le ou les coupables étaient reconnus« , a-t-elle ajouté. « Compte tenu des annonces publiques réitérées par certains individus (…) soutenus par quelques élus locaux qui depuis plusieurs années annoncent publiquement l’abattage d’un ou plusieurs ours sur le massif pyrénéen, l’enquête devra déterminer si le chef de complicité pourra être retenu contre les auteurs de ces déclarations« , avancent les associations. Elles exigent aussi le « remplacement immédiat » du plantigrade décédé. La ministre de la Transition écologique Élisabeth Borne avait aussi indiqué que l’État porterait plainte dans cette affaire, en annonçant le 9 juin la découverte de la dépouille de l’animal. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Dans les montagnes d’Ariège, malgré les 50.000 euros de récompense offerts, les langues ne se délient pas et l’incertitude demeure : l’ours abattu a-t-il été traqué, tué par un ou
plusieurs tireurs ? « C’est de la terreur, (les opposants à lours) font régner la peur pour que les gens ne parlent pas. Ils ont peur des représailles. Il y a un risque qu’on ne connaisse pas l‘auteur des faits« , s’alarme Alain Reynes, figure du mouvement pro-ours et président de l’association Pays de l’ours. « J’espère bien qu’on ne saura jamais, lance Eric André, un éleveur dont trois brebis ont été tués par l’ours depuis mi-juin. C’est un sujet très sensible, ça va mal se terminer« . « Et cette récompense, c’est une manœuvre digne des nazis, c’est lamentable« , peste-t-il. Les personnes interrogées jusqu’ici par les enquêteurs « ne sont pas très coopératives. Les gendarmes se heurtent au mur du silence », a dit à l’AFP une source proche du dossier.

Les gardiens du secret ont reçu la semaine dernière le soutien appuyé de la présidente du Conseil départemental de l’Ariège Christine Tequi. « La montagne restera certainement muette. Ce serait alors la meilleure réponse qui peut être apportée à ceux qui pensent que tout s’achète sans se soucier de la haine et de la violence que leur initiative est susceptible
d’engendrer« , a-t-elle écrit. Philippe Lacube, chef de file emblématique des opposants à l’ours, dénonce « ces méthodes« . « La délation, ce sont les heures les plus sombres de notre histoire. Ce n’est pas dans notre culture de montagnards« , souffle-t-il. « Depuis la mort de cet ours, les attaques de brebis continuent dans cette zone. Les éleveurs sont excédés. Chaque jour, on a entre deux et quatre brebis tuées. J’ai la hantise d’un autre accident, d’un suicide, les gens sont à bout« , dit Philippe Lacube.

Initialement de 10.000 euros, la récompense est passée à 50.000 euros en un peu plus d’une semaine. « C’est du jamais vu, nous recevons des dons spontanés de partout, y compris des Pyrénées« , fait remarquer la présidente de Sea Shepherd France Lamya Essemlali. « Si on savait que l‘info circule, que les enquêtes sont facilement élucidées, on n’aurait pas eu recours à un tel procédé. L‘objectif est d’aider lenquête à aboutir. Il y a une attente de justice de l‘opinion publique« . Un calme apparent enveloppe le Cirque de Gérac, où l’ours a été tué. Les randonneurs, qui rêvent d’en apercevoir un, sont scandalisés par la mort de l’ours. « On ne peut pas éliminer tout ce qui gêne« , soupire un Toulousain qui scrute l’horizon avec ses jumelles. Samedi à Foix, une manifestation a réuni quelques militants pro-ours. Sur leurs pancartes, on pouvait lire « Non à la mafia anti-ours » ou « Dénoncer un meurtre est une obligation morale et citoyenne« .

C’est la première fois qu’un ours est abattu depuis qu’un chasseur a tué l’ourse Canelle, en 2004. Et le deuxième ours qui meurt dans les Pyrénées cette année, après que Cachou a été retrouvé mort en avril sur un versant espagnol. Autopsié, les résultats de l’expertise n’ont pas été officialisés. « Il faut obtenir réparation : le remplacement de lours, sinon les braconniers auront gagné« , plaide Alain Reynes. L’ours abattu a été retrouvé sur la commune d’Ustou, « un fief des anti-ours« , rappelle Patrick Leyrissoux, administrateur de Ferus, autre association historique pro-ours. Pour lui, les éleveurs exagèrent et attribuent à l’ours plus de brebis qu’il ne peut en tuer. « Dans les autres pays européens on a 1,5 brebis tuée et indemnisée par ours, par an. L‘an dernier dans les Pyrénées, c’était 31 par ours et par an. On doit avoir des ours polaires (100% carnivores) peints en marron« , ironise-t-il.

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