Dordogne: le projet routier controversé de Beynac suspendu par le Conseil d’Etat (2 mn 30)

Photo © FineBokeh-Fotolia

1751
⏱ Lecture 3 mn.

Les opposants sont « ravis » : le Conseil d’Etat a ordonné vendredi la suspension des travaux du « contournement de Beynac », vaste projet de déviation routière qui fait polémique depuis des années en Dordogne entre défenseurs du patrimoine, dont 

Stéphane Bern, et des élus locaux. Le dossier doit encore être examiné au fond par le tribunal administratif, à une date encore inconnue. Mais pour Me Jean-Philippe Maginot, avocat d’associations du collectif  « Sauvons la vallée de la Dordogne », le projet semble « définitivement enterré (…) Il est impensable que le tribunal administratif ne suive pas l’appréciation » du Conseil d’Etat. Vendredi, la plus haute juridiction administrative française a estimé que l’arrêté préfectoral contesté par des associations de défense de la nature et du patrimoine a eu « pour effet d’autoriser des travaux conduisant à la destruction de l’habitat d’espèces protégées et entraînant des conséquences irréversibles pour les individus de ces espèces ».

Pour le Conseil départemental de la Dordogne, dont le président Germinal Peiro (PS) porte le projet à bout de bras, le Conseil d’Etat a considéré « que la préservation des habitats des espèces animales (brochets, chauves-souris, libellules…) revêtait une importance supérieure à l’intérêt de la déviation, c’est-à-dire à l’amélioration des conditions de protection, de mise en valeur et de sécurisation de l’un des plus beaux villages de France. Cette décision aura des conséquences funestes et catastrophiques, écrit encore le Département. Outre qu’elle retarde la réalisation d’un projet attendu par une majorité d’habitants et d’acteurs économiques, elle implique la poursuite de la dégradation du site remarquable de Beynac par la persistance d’une circulation de véhicules à fort gabarit qui vont continuer à polluer, abîmer et nuire à la sécurité de ce magnifique village ».

Le dossier du « contournement de Beynac » agite la région depuis des années. Il s’agit de construire une déviation routière de 3,2 km, deux ponts et un pont-rail pour plus de 30 millions d’euros, dans un secteur parsemé de nombreux châteaux. La route prévue doit ainsi passer à 150 m du château classé de Feyrac (XVe/XVIe siècles) et non loin de ceux de Marqueyssac et des Milandes, dernière demeure de la chanteuse Joséphine Baker. Pour Germinal Peiro, le contournement est censé résorber les bouchons qui paralysent, pendant la saison estivale, le centre de Beynac-et-Cazenac, petite commune nichée au coeur d’une vallée très touristique du Périgord, classée réserve de biosphère par l’Unesco. Mais pour les défenseurs de l’environnement et du patrimoine, dont le photographe Yann Arthus-Bertrand et l’animateur Stéphane Bern, il va « défigurer à jamais la vallée de la Dordogne ». Ce dernier a salué vendredi « une belle victoire des défenseurs de l’environnement et accusé M. Peiro de s’être comporté en potentat qui a fait pression sur les élus locaux. J’espère qu’on va détricoter tout ce massacre », a-t-il déclaré à l’AFP au sujet des travaux, qui ont continué entre la recommandation de suspension du rapporteur public le 20 décembre et l’arrêt du Conseil d’Etat. Le maire (SE) de Beynac, Alain Passerieux, qui émettait « de grosses réserves » sur le projet, regrette dorénavant « que l’argent public soit dilapidé. Il va falloir rembourser les entreprises, remettre le site en état… », pointe l’élu, interrogé par l’AFP. Dans son arrêt, le Conseil d’Etat relève ainsi que le « bénéfice attendu de la déviation apparaît limité » eu égard aux travaux d’élargissement des voies déjà réalisés dans la commune et au fait que le trafic estival est essentiellement dû à une importante fréquentation touristique. Il estime aussi, en substance, que le juge des référés du Tribunal administratif de Bordeaux, qui avait refusé en avril la suspension des travaux, aurait dû établir que le projet ne répondait pas à « une raison d’intérêt général majeur » et aurait donc dû prononcer cette suspension. 

L’arrêt du Conseil d’Etat