La France aux chasseurs ? (2 min 30)

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Tandis qu’au grand dam des écologistes, Wauquiez a renouvelé son soutien aux chasseurs de sa région, la région Normandie a financé un radar à oiseaux pour les chasseurs, entraînant une polémique. 

Laurent Wauquiez (LR) a reconduit son soutien aux chasseurs d’Auvergne-Rhône-Alpes avec une nouvelle enveloppe d’environ 3 millions d’euros pour trois ans destinée notamment à développer la commercialisation de la viande de gibier, suscitant à nouveau l’ire des écologistes. La région avait noué un partenariat inédit en 2016 avec la Fédération régionale des chasseurs, estimant que les associations de protection de l’environnement, dont les subventions ont beaucoup baissé depuis l’arrivée de Laurent Wauquiez, n’avait pas « le monopole de la biodiversité ». Trois ans plus tard, il renouvelle le partenariat pour trois ans avec notamment un nouvel objectif: soutenir les « circuits de la valorisation » de la viande de gibier afin d’appuyer les produits locaux face aux importations d’Europe de l’Est. « L’argent public va servir à financer des couteaux, des tabliers, des frigos et des tables d’équarrissage pour traiter les carcasses. Où est l’intérêt général ? », s’indigne Fabienne Grebert, élue du groupe d’opposition RCES (Rassemblement citoyen, écologiste et solidaire) qui estime qu’il s’agit à nouveau de « cadeaux à ses potentiels électeurs ». « Je suis étonné de voir l’espèce de haine qu’il y a parfois contre certains Français. Est-ce qu’on a pas compris ce qu’était le mouvement des ‘gilets jaunes’ ? C’est au contraire une demande de respect pour tout le monde (…) Quand des chasseurs contribuent à une replantation de haies dans l’Allier, eh bien ils contribuent à l’environnement et il y a pas les gentils et les méchants », a rétorqué Laurent Wauquiez, lors d’une conférence de presse mercredi avant l’Assemblée plénière qui doit valider ce nouveau plan. La région tire un bilan « très positif » du partenariat 2016-2018 avec 40 km de routes équipées de piquets anticollision, la construction de milliers de postes de tir afin de sécuriser les battues, la sensibilisation de 40.000 personnes ou la mise en place de 183 pièges à photos destinés à affiner les connaissances sur la présence du loup et du lynx. Système qui a permis par ailleurs de déceler la présence du chacal doré en Haute-Savoie.

Dans le même temps, le financement par la région Normandie d’un radar à oiseaux pour les chasseurs suscite une vive polémique: plus de 35.900 personnes ont signé une pétition sur internet s’y opposant, a-t-on appris lundi de sources concordantes. « On peut être chasseur et être attentif à la biodiversité. Je sais bien que ce n’est pas forcément partagé par tout le monde mais moi je le crois, peut-être parce que je suis chasseur », a justifié lundi le président de la région Normandie Hervé Morin, interrogé par l’AFP. La région finance l’investissement à hauteur de 180.000 euros tandis que le fonctionnement du radar est payé par les chasseurs avec une contribution des départements, selon la collectivité. L’objectif est selon M. Morin « d’analyser la biodiversité, d’avoir des débats sur les prélèvements ». « En effet oui une partie des espèces sont chassables », a-t-il ajouté. « Les comptages ne vont pas être bidouillés (..) Ces analyses pourront être partagées », a ajouté l’ancien ministre de la Défense. « L’objectif des chasseurs n’est pas de favoriser la biodiversité mais simplement de collecter des données pour favoriser leur loisir, a au contraire estimé le groupe des élus Normandie Écologie EELV de la région. Sous prétexte de préservation, la région a choisi de privilégier le rapprochement avec les chasseurs par simple clientélisme et pour récompenser un partenaire de sa majorité », poursuivent les écologistes. Selon M. Morin ce radar était un « engagement de campagne ». La région « finance un jouet offert aux chasseurs sans appel d’offre », a de son côté réagi Richard Grège administrateur de LPO Normandie interrogé par l’AFP. Selon lui la LPO a perdu tous les appels d’offre lancé par la région depuis que M. Morin en a pris la présidence et la Normandie est ainsi avec les Hauts-de-France la seule région qui ne travaille pas avec la LPO. La région n’a « rien contre la LPO », a assuré M. Morin. En octobre une autre délibération du conseil régional de Normandie avait fait polémique: elle attribuait plus de 450.000 euros à la Fédération régionale des syndicats d’exploitants agricoles (FRSEA). En 2018 le groupe ornithologique et naturaliste du Nord – Pas-de-Calais avait dénoncé le financement d’un radar similaire par la région Hauts-de-France à hauteur selon l’association de 226.000 euros.