Grand débat national : deux annonces et des déceptions (2 min 30)

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Réforme du Cese et création d’un conseil de défense écologique : les deux mesures écologiques proposées par Emmanuel Macron suite au Grand débat national sont globalement jugées insatisfaisantes.

Le président Emmanuel Macron, lors de sa conférence de presse concluant le « Grand débat national », a introduit deux mesures environnementales, en précisant que « le climat doit être au cœur du projet national et européen ». Il a débord proposé de réformer le Conseil économique, social et environnemental (CESE) en y introduisant 150 citoyens, tirés au sort en juin prochain et chargés de « redessiner toutes les mesures concrètes d’aide aux citoyens » pour la transition écologique et climatique et de proposer des solutions de financement. Par ailleurs, un « conseil de défense écologique » va être créé afin de « mettre au cœur de toute notre politique cette urgence climatique » dans le cadre des choix stratégiques du gouvernement. Il sera composé du Premier ministre, des principaux ministres concernés par la transition écologique et des grands opérateurs de l’Etat, et présidé par Emmanuel Macron. La création de ce Conseil est « une bonne idée », a estimé l’ancien ministre Nicolas Hulot, à condition de ne pas attendre pour « démarrer l’action ». « Ça peut servir, mais il ne faut pas attendre ces nouvelles instances et ces nouveaux comités pour fixer les objectifs et pour démarrer l’action parce qu’on est en 2019, on sait déjà ce qu’il faut faire », a-t-il souligné dans l’émission « 20h30 le dimanche » sur France 2. L’ex-ministre, revenu à la tête de sa Fondation, s’est aussi dit « favorable » à l’idée de « faire rentrer les citoyens » dans les instances démocratiques, après l’annonce de la mise en place d’un conseil de 150 citoyens tirés au sort pour faire des propositions concernant les aides à la transition énergétique. Mais « il faut aussi être à l’écoute des scientifiques, parce que là je vois qu’on va faire une chambre avec des citoyens. Très bien, mais quelle est la place de la science là-dedans? », s’est interrogé Nicolas Hulot. L’ex-ministre avait appelé en mars avec 19 organisations à un « big bang fiscal » et un meilleur partage du pouvoir, dans le cadre d’un pacte social et écologique. A la veille de la réunion sur la biodiversité des experts de l’IPBES à Paris, Nicolas Hulot a par ailleurs reproché à Emmanuel Macron ne n’avoir « pas (dit) un mot sur la biodiversité » lors de sa conférence de presse.

D’autres réactions négatives n’ont pas tardé à se faire entendre suite à la conférence de presse du Président. Ainsi, dans un communiqué, la Fédération des Parcs naturels régionaux a plaidé pour un pacte de la France avec les territoires ruraux : « ces territoires protègent nos biens communs, l’eau, l’air, les sols. Ils préservent et valorisent des ressources naturelles et humaines immenses. Cette contribution majeure doit être davantage reconnue. » Elle demande une fiscalité valorisant ces actions et qui ne creuse pas les inégalités de territoire. « Sur ce point, nous restons dans l’attente de propositions claires. » De son côté, l’association France Nature Environnement (FNE) a regretté que le Grand débat national se conclue sur une nouvelle consultation, alors qu’il y a « urgence à agir ». S’exprimant sur la réforme du Cese, l’ONG a rappelé la compétence du tissu associatif par rapport aux questions environnementales et espère se voir impliquée dans le fonctionnement du nouveau Conseil. Elle a également déploré les nombreux oubliés du débat : « au-delà de l’aspect climatique, notre fédération regrette l’impasse faite sur la transition énergétique, la transition agro-alimentaire, la biodiversité, les océans, la pollution… autant de sujets éminemment liés, qui restent sans réponse. » Enfin, le « pacte productif » introduit par le Président est vivement critiqué par Michel Dubromel, Président de FNE : « Le modèle présenté, digne du 20ème siècle, n’intègre pas la nécessaire évolution de notre modèle de développement et de ses impacts sur la planète, le nécessaire partage des ressources, les questionnements sur notre mode de croissance effréné qui est loin d’être pourvoyeur d’emplois… »