Des essais pilotes de lâchers de moustiques mâles stériles, au sol puis par drone, ont démarré à l’île de La Réunion, sur la commune de Saint-Joseph, dans le but de réduire, voire d’éliminer localement, les populations d’une des espèces de moustiques vectrices de la dengue.
Des lâchers de moustiques mâles stériles sont actuellement effectués à la Réunion. Ils s’inscrivent dans le cadre des projets européens Revolinc et Mosquarel, coordonnés par le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) qui visent à optimiser la lutte contre les insectes nuisibles (ainsi des moustiques Aedes vecteurs d’arboviroses comme la dengue et le chikungunya) en utilisant une Technique de l’Insecte Stérile (TIS) dite « renforcée ».
La TIS est une méthode de lutte antivectorielle qui consiste à élever en masse des moustiques mâles, les stériliser par irradiation et les relâcher sur le terrain où ils vont stériliser les femelles sauvages. C’est une technique de contrôle des naissances qui, si elle est appliquée suffisamment longtemps, réduit la population cible de moustiques. C’est la première fois que la TIS renforcée et l’utilisation de drones pour les lâchers de moustiques mâles stériles est testée sur le terrain en zone urbaine.
Ces essais pilotes visent le vecteur historique de la dengue et du chikungunya à La Réunion : Aedes aegypti. « Deux sites d’étude sur le littoral de la commune de Saint-Joseph ont été ciblées car les populations d’Aedes aegypti y sont isolées, ce qui permet d’espérer leur élimination locale », explique Jérémy Bouyer, entomologiste au Cirad et coordinateur du projet Revolinc.
Avec la technique de l’insecte stérile renforcée, les insectes mâles sont traités, avant lâcher, par un biocide qu’ils transmettent par contact aux femelles lors de la reproduction ou par simple contact. Ces biocides entraînent la mort de leur progéniture.
Le biocide sélectionné est le pyriproxyfène, un régulateur de croissance inhibant le passage à la forme adulte de l’espèce visée pendant les phases de reproduction et qui amplifie l’effet recherché avec la TIS. Les quantités de pyriproxyfène utilisées sur les mâles stériles lâchés sont infimes et non dangereuses pour l’Homme et l’environnement.
Les essais pilotes comprennent deux phases, d’avril à août 2021 :
- Une première phase de marquage-lâchers-recapture a démarré en avril : durant cette phase de six lâchers, 10 000 moustiques mâles stériles sont lâchés par semaine, afin d’estimer leur survie, leur dispersion et leur compétitivité sexuelle avec les moustiques sauvages. Deux techniques de lâcher sont testées : au sol puis par drone (à partir du 4 mai 2021).
- La meilleure technique de lâcher sera sélectionnée durant la deuxième phase de lutte, qui aura lieu après une restitution aux élus et aux habitants de la commune de Saint-Joseph, ainsi qu’à l’Agence Régionale de Santé (ARS) et au Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst). Cette phase correspondra au lâcher de 50 000 mâles stériles par semaine.
Ces essais sont complémentaires de ceux de l’IRD qui visent à contrôler le vecteur principal de la dengue, Aedes albopictus, sur la commune de Sainte-Marie. Le projet Revolinc vise à démontrer que la TIS renforcée permet d’éliminer localement un vecteur relativement isolé comme c’est le cas d’Aedes aegypti à La Réunion. L’objectif est d’éviter la recolonisation des niches écologiques d’Aedes albopictus par Aedes aegypti. « Si ces essais sont concluants sur des populations localisées d’Aedes aegypti, cette solution pourrait alors être déployée à plus grande échelle », précise Jérémy Bouyer.
Le bilan de ces essais pilotes sera dressé et restitué en août à l’ensemble des acteurs concernés. Si ce bilan est positif, l’approche TIS renforcée et l’utilisation de drones pourraient être déployées également à plus long terme contre Aedes albopictus à La Réunion.