🔻Trois projets pour verdir le Sahel

Photo d'illustration ©dMz de Pixabay

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Face à la dégradation des terres au Sahel, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) recommande de mettre en place des réponses ciblées et concertées. L’organisme français présente trois projets qui prennent en compte les besoins des populations locales.

Lors du One Planet Summit de janvier 2021, une centaine d’organisations africaines et européennes ont signé l’International Agroecological Movement for Africa (IAM Africa), une charte visant à développer l’agroécologie en Afrique. L’agroécologie consiste à utiliser des méthodes de production agricole respectueuses de l’environnement. L’un des objectifs de l’IAM Africa est de redonner une dynamique au projet de grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel, projet de lutte contre les effets du changement climatique et de la désertification en Afrique. Pour mener à bien cette initiative, les scientifiques du Cirad alertent sur l’importance d’établir des actions adaptées aux territoires en consultant les populations locales.

Le projet Fonabes mis en place en 2014 vise à organiser l’approvisionnement durable en énergie domestique (bois de feu et charbon de bois) des villes de Ouagadougou (Burkina Faso), Niamey (Niger) et Bamako (Mali). Coordonné par le Cirad, Fonabes est attaché à garantir une répartition juste des revenus et des bénéfices pour les différents acteurs de la chaîne du bois : bûcherons et charbonniers producteurs, communes, commerçants-transporteurs, grossistes urbains et enfin consommateurs. « Les besoins quotidiens en énergie, pour la cuisson ou le chauffage, exercent une pression considérable sur les ressources forestières, dont l’exploitation accélérée constitue l’une des principales causes de la dégradation des forêts et des sols dans la région », indique le Cirad. D’après l’organisme, c’est en améliorant les conditions de vie des populations rurales que le projet pourra atteindre son objectif principal qui est la conservation des écosystèmes forestiers sahéliens.

Au Sahel, la hausse démographique s’accompagne d’un accroissement des besoins alimentaires « exacerbant les pressions sur une agriculture par ailleurs fragilisée par les changements climatiques », indique le Cirad. Par conséquent, l’intensification des systèmes agricoles sahéliens semble primordiale. Le projet Fair qui a démarré en 2020 au Burkina Faso, Sénégal et Mali vise à concilier intensification agricole et préservation des ressources naturelles. Le Cirad explique que « l’intensification agroécologique permet de rémunérer décemment les agriculteurs, nourrir sainement les populations, tout en protégeant les ressources naturelles. Les petits producteurs de trois pays sahéliens pourront miser sur l’adoption de ces nouvelles méthodes pour améliorer leurs conditions de vie et la résilience de leur exploitation. »

Enfin, le projet Cassecs mis en œuvre début 2020 dans six pays sahéliens (Sénégal, Burkina-Faso, Niger, Mali, Mauritanie, Tchad), ambitionne de quantifier l’impact de l’élevage sur le changement climatique et de contribuer à l’élaboration de politiques d’élevage adaptées dans la région. Le Cirad rappelle que les plantations arborées imaginées pour la Grande muraille verte devraient participer à améliorer les capacités de stockage de carbone de la région sahélienne, tout en luttant contre la dégradation des terres et des paysages. Mais, alors que l’élevage pastoral est accusé d’émettre trop de gaz à effet de serre par kilogramme de lait ou de viande produit, une recherche menée au Sénégal montre que les territoires pastoraux peuvent en réalité avoir un bilan carbone neutre : les émissions d’origine animale sont compensées par la séquestration de carbone dans les sols et la végétation. À travers le projet Cassecs, les équipes de terrains imaginent avec les éleveurs des systèmes agropastoraux efficients, puis participent à diffuser les bonnes pratiques entre les territoires aux caractéristiques similaires. Il montre que les écosystèmes agricoles et pastoraux assemblés peuvent être un outil de séquestration de carbone au Sahel tout en répondant aux besoins des populations locales.

Lire le communiqué du Cirad