Les mangroves françaises cartographiées

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A la demande du Pôle-relais « Zones humides tropicales », l’Université de Nantes vient de publier la première carte globale harmonisée des mangroves des outremers français.

Les mangroves sont reconnues pour leurs multiples fonctions au service des populations côtières : nurserie pour les espèces halieutiques, fourniture de produits (bois, miel, pharmacopée, tanins), atténuation des événements climatiques (houles cycloniques) ou tectoniques (tsunamis), stockage de carbone, mais aussi filtre pour la protection des habitats marins contre l’hyper sédimentation, bio-remédiation… Pourtant, il n’en existait jusqu’ici que des évaluations locales très hétérogènes. Dans le cadre de l’IFRECOR – Initiative française pour les récifs coralliens -, l’Université de Nantes vient de réaliser la première cartographie homogénéisée des mangroves des outremers français. L’Université a dans un premier temps mis au point un guide méthodologique, élaboré à partir de données satellites. La méthode a ensuite été utilisée pour réaliser la cartographie de l’ensemble des mangroves nationales en détectant les peuplements de palétuviers et en les dissociant des tannes et des autres types de surfaces forestières. Ce travail permet aujourd’hui de disposer de données chiffrées précises, homogènes et reproductibles, permettant ainsi le calcul d’un indicateur surfacique fiable. La France s’est engagée dans un effort significatif pour protéger les mangroves : la feuille de route environnementale 2014 du gouvernement fixait l’objectif de protection d’un tiers des mangroves nationales par le Conservatoire du littoral et la loi de juillet 2016 sur la reconquête de la biodiversité imposait l’engagement de mesures de protection sur plus de 55 000 hectares représentant plus de 50 % des mangroves sous responsabilité nationale.

Afin d’évaluer l’efficacité de ces politiques, l’indicateur le plus fiable à ce jour correspond à l’évaluation des surfaces de mangrove. Mais d’autres indicateurs viendront rapidement compléter cette donnée afin de qualifier l’état de conservation associé à ces surfaces. A cette fin, le Réseau national d’Observateurs et d’aide à la gestion des Mangroves (ROM) a été lancé en juin 2017 par le Comité français de l’UICN et le Pôle-relais zones humides tropicales

La cartographie produite par l’Université de Nantes a été réalisée à une échelle globale et n’a donc n’a pas vocation à fournir une cartographie fine par territoire. En effet, chaque pixel de 900m2 produit par le satellite Landsat-8 (United States Geological Survey) a été automatiquement classé. La méthode donne une évaluation des surfaces pertinentes à l’échelle globale, mais reste insuffisamment précise à l’échelle locale. Les mangroves de Saint-Barthélemy, essentiellement rivulaires, n’apparaissent ainsi pas sur la carte nationale alors qu’elles sont évaluées à 4,6 ha par une cartographie plus fine. Il s’agit donc bien là d’un indicateur surfacique national et non d’un outil de gestion local. La carte produite sera toutefois prochainement affinée grâce à l’utilisation d’images Sentinel-2 (European Space Agency) à partir de pixels de 100 m2. Enfin, des travaux par sites utilisant de la très haute résolution spatiale pourront accompagner et préciser ce chantier comme la cartographie précise des mangroves qui vient d’être produite sur Wallis par la collectivité territoriale et ses partenaires.

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