Aaah, comme ça fait du bien, de réentendre les mots d’un bon vieux temps trop vite envolé : « patient zéro »… « taux de létalité »… « transmission inter-humaine »… « gestes barrière »… « stocks de masques »… Vous vous souvenez, comme on se marrait en 2020 ? Et le comique, là, qui venait régulièrement faire son show à la télé. Il avait dit quoi, déjà ? Ah oui : « rien ne sera plus comme avant. Nous aurons appris et je saurai aussi en tirer toutes les conséquences ». Trop drôle ! Six ans plus tard, on entend les mêmes médecins, les mêmes « experts » omniscients nous exposer doctement leur ignorance lénifiante, leurs certitudes fluctuantes. Nous avons sans doute appris quelque chose, mais quoi ?
Avons-nous appris, par exemple, que le tourisme de masse, la consommation frénétique d’un « ailleurs » de marketing, est un facteur majeur d’émergence et de propagation des zoonoses ? En découvrant l’odyssée du Hontius, on s’est crus dans un remake de celle du Diamond Princess en 2020. D’un coup, ces palaces flottants se sont mués en bateaux fantômes, tenus au large comme les navires de pestiférés des siècles passés. Mais les croisiéristes se frottent les mains : le marché n’a jamais été aussi florissant. Et en 2024, ce sont 4,7 milliards de passagers que les transporteurs aériens ont trimballé d’un bout à l’autre de la planète pour aller titiller hier le pangolin ou la chauve-souris, aujourd’hui le rat pygmée de rizière à longue queue, l’hôte de l’hantavirus andin. Enfin… 4,7 milliards de « passagers »…. En réalité, moins de 5 % des humains (soit environ 400 millions) ont les moyens et l’envie de prendre l’avion chaque année, ramenant de leurs périples standardisés des récits exaltés d’où les ravages infligés aux habitats naturels, les perturbations des écosystèmes, les infrastructures destructrices nécessaires à leur accueil sont systématiquement absents.
Et pendant que nous paniquons à la perspective d’une nouvelle pandémie, l’OMS déclare dans une indifférence impressionnante l’état d’urgence internationale à propos du virus Ebola. Il est vrai que pour le moment celui-ci ne sévit qu’au Congo. Là où les patients sont trop pauvres pour rentabiliser vaccins et traitements.
Corona et Hanta sont dans un bateau. Lequel tombe à l’eau ? Ebola, évidemment…

