C’est une chanson méconnue de Brassens, que les pompiers qui ont combattu les mégafeux de cet été doivent se passer en boucle avec quelque amertume… « un soir d’intempérance, à son insu, / il éteignit en pissotant dessus / un simple commencement d’incendie. / On lui flanqua le Mérite, pardi ! »*.
Ce n’est pas l’Ordre du Mérite dont on a gratifié les soldats du feu, mais de belles paroles qui n’engagent à rien : le Premier ministre et le président de la République ont multiplié les interventions médiatiques pour leur exprimer la « reconnaissance » de la nation et saluer leur « courage incroyable » et le « sens du devoir » dont ils ont fait preuve.
Et depuis ? Rien. Ou plutôt si : d’autres phrases creuses. Écrites cette fois, dans un obscur projet de loi dont le point le plus marquant est cette idée admirable : développer la « Journée nationale de la résilience ». Vous aviez déjà entendu parler de ce truc, vous ? Sachez pourtant que ça existe depuis 5 ans. Et c’est quand, la « journée nationale de la résilience » ? Eh bien, c’est… « tout au long de l’année », apprend-on sur le site du ministère de l’Écologie. Vous pouvez vérifier, ce n’est pas une blague.
Les pompiers, eux, réclament tout autre chose : des camions, plus « de pompiers dans les camions », plus de « moyens financiers pour armer ces camions », l’embauche de 21.000 professionnels, un nombre calculé sur la base d’un rapport de l’Inspection générale de l’administration de 2025. Depuis 2002, le nombre d’interventions des pompiers a progressé de plus de 30%. Les effectifs et les moyens, eux, sont restés les mêmes…
Le gouvernement a largement promu, le 25 juillet, les belles images de l’A400M, le joyau de la flotte aérienne, déversant ses 20 tonnes de produit retardant à Lacanau. Il a moins communiqué sur le fait que cet avion, qui n’a pas été conçu pour cette mission, doit retourner remplir ses soutes… à Istres (650 km). Pendant son show, les vrais avions anti-incendie, Dash et Canadair, ont été cloués au sol, en raison des turbulences générées par l’A400M. Lequel, au total, ne sera intervenu que deux fois…
Désabusés, écœurés, les pompiers sont en grève. Tout le monde s’en fout : ils bossent quand même. La forêt peut continuer à brûler, et le gouvernement à enfumer tout le monde.
*Brassens n’a pas enregistré lui-même sa chanson La Légion d’Honneur. Elle a été interprétée à titre posthume par Jean Bertola et par Maxime Leforestier

