La température et la pression

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On enseigne au lycée la loi de Gay-Lussac, qui établit que la pression augmente en proportion de l’augmentation de la température. Ça marche pour un gaz enfermé dans un contenant. L’actualité nous montre qu’il n’en va pas exactement de même pour les neurones des parlementaires ou des membres de l’exécutif. Au cours des trois derniers mois, alors que les températures atmosphériques atteignaient des niveaux inédits, alors qu’à l’unanimité les scientifiques expliquent que d’ici quelques années l’été 2026 sera considéré comme relativement frais, alors que la Gironde partait en fumée, nos dirigeants ont fait preuve d’une capacité insondable à résister à la pression de l’évidence et de leurs responsabilités.

Le 19 août, en pleine canicule, la ministre de la Transition écologique (oui oui, de la « transition écologique ») et le ministre du Logement ont signé un arrêté qui aura pour effet de sortir environ 300 000 logements du statut de passoires énergétiques. La veille, la loi dite d’ « urgence agricole » était publiée au Journal officiel. Au moment où les équarisseurs étaient submergés par l’afflux d’animaux exterminés par la chaleur dans les élevages industriels, cette loi facilite la création de nouveaux giga-élevages. Au moment où les méga-bassines illégales étaient désespérément à sec, exhibant aux yeux de tous l’insondable stupidité de ces équipements, la loi donne aux lobbies agro-industriels toute latitude pour en créer de nouveaux, partout.

Aujourd’hui les températures sont revenues à un niveau plus supportable. Avons-nous entendu un-e seul-e femme ou homme politique d’envergure nationale tirer les leçons des épisodes caniculaires de l’été ? Dessiner le cadre nécessaire pour réduire drastiquement notre contribution au réchauffement et nous adapter à un climat définitivement bouleversé ? Toutes et tous sont focalisés sur les dérisoires petits jeux tactiques d’une campagne présidentielle qui s’annonce interminable.

La grande leçon de l’été, c’est qu’il serait naïf de compter sur les chefs à plumes des partis politiques pour éviter les prochaines manifestations de la catastrophe que nous avons générée. Seules les mobilisations citoyennes, locales et globales, nous permettront d’espérer un avenir vivable.

La température excessive n’a pas eu d’effet ? Augmentons fortement la pression. Et au diable Gay-Lussac !