Les coupes rases dans les forêts françaises trop importantes au vu des enjeux climatiques

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Les coupes rases dans les forêts françaises semblent reculer mais demeurent trop importantes et trop concentrées pour répondre aux enjeux environnementaux et climatiques, dénonce mercredi un rapport de l’ONG Canopée.

Après analyse d’images satellitaires, l’association estime qu’entre mi-2018 et mi-2024, environ 61.000 hectares de forêts font l’objet chaque année de coupes rases, c’est-à-dire de « l’abattage de la totalité des arbres d’une parcelle ».

Un chiffre en adéquation avec le dernier observatoire des forêts de l’Institut national de l’information géographique et forestière (62.000 hectares par an de coupes rases).

Beaucoup de ces coupes sont liées à l’exploitation forestière, mais elles comprennent également les coupes sanitaires (arbres malades à la suite d’invasions de parasites) ou réalisées dans le but de planter de nouvelles essences plus adaptées au changement climatique.

– fortes disparités régionales –

Sur les six années étudiées, ces coupes apparaissent en baisse de 27%, mais il pourrait s’agir d’une baisse en trompe-l’œil, prévient Canopée: un simple retour à la normale après un pic en 2018-2019 lié à la crise des scolytes (un insecte qui parasite notamment les épicéas), qui avait entraîné des coupes massives d’arbres infectés.

Selon l’ONG, « les forêts exploitées sont en moyenne entièrement rasées tous les 71 ans — un rythme bien trop court au regard du cycle de vie naturel d’un écosystème forestier ».

L’association estime que le ratio entre la surface totale des coupes rases depuis mi-2018 et la surface forestière totale du pays est de 2,1%.

« Cela peut sembler peu, mais en fait cette moyenne nationale cache de fortes disparités selon les régions », a souligné mercredi lors d’une table-ronde Céline Lesot, écologue et chargée de campagne forêt, climat et biodiversité au sein de Canopée.

Ainsi 60% des coupes rases sont concentrées en Nouvelle-Aquitaine, Bourgogne-Franche-Comté et dans le Grand Est, créant de fortes pressions locales, a-t-elle expliqué en citant l’exemple du Morvan.

« Ces coupes restent trop élevées et créent par ailleurs des effets cumulatifs préoccupants » sur les paysages, la biodiversité, les sols, mais surtout sur le stockage du carbone, élément important dans la régulation du réchauffement climatique, relève Mme Lesot.

Les forêts constituent le deuxième puits de carbone de la planète après les océans.

Or, les coupes rases entraînent « un déstockage immédiat du carbone contenu dans la biomasse » des arbres, mais aussi des sols forestiers.

– perte massive de carbone –

Environ 11 millions de tonnes de CO2 ont ainsi été relâchées dans l’atmosphère chaque année entre mi-2018 et mi-2024 du fait des coupes rases, estime le rapport.

Un chiffre « comparable au déficit observé dans l’absorption des puits naturels de carbone en France », pourtant essentiels dans l’atteinte des objectifs climatiques du pays, note Mme Lesot.

La Stratégie nationale bas carbone (SNBC-3), avec pour objectif la neutralité carbone d’ici 2050, actait aussi la dégradation du puits de carbone naturel sous l’effet du changement climatique (sécheresse, nouveaux parasites) ou des activités humaines (appauvrissement des sols), l’estimant à 25 Mt de CO2 absorbées en 2030 et 24 Mt en 2050, contre 37 Mt en 2023.

« Tout le monde cherche où est passé le puits naturel de carbone français. Or il existe un levier politique assez simple à mettre en place qui est de réduire les coupes rases », a déclaré Sylvain Angerand, ingénieur forestier et directeur de Canopée.

La rapport note par ailleurs à cet égard que 40% des coupes rases concernent des forêts anciennes, qui sont celles qui ont le potentiel le plus élevé de stockage du carbone.

Autre point jugé inquiétant par l’association: 25% des surfaces victimes de coupes rases sont situées dans les parcs naturels régionaux, avec un taux de 1,37% de coupes rases dans les zones Natura 2000, endommageant ces espaces aux enjeux de biodiversité pourtant particulièrement particulièrement élevés, et mettant en exergue l’insuffisance de la réglementation.

Enfin le rapport indique que 18% des coupes rases sont effectuées sur des surfaces supérieures à 10 hectares par rapport à l’ensemble des coupes rases de la période mi 2018-2024 . Or « plus les coupes rases sont grandes, plus elles ont des impacts environnementaux négatifs », souligne Canopée, mettant par ailleurs en garde sur la tendance à multiplier les coupes de petite taille – non soumises à autorisation – dans un même secteur.