Aux origines du coronavirus : le commerce des animaux sauvages (4 mn)

Photo © Gerd Altmann de Pixabay

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Il y a 17 ans, le virus du Sras, transmis par les animaux, avait mis en lumière la dangerosité de la consommation d’animaux sauvages mais l’apparition d’un nouveau coronavirus en Chine montre, selon des scientifiques, que cette pratique demeure répandue et représente un risque croissant pour la santé humaine.

Comme le Sras (syndrome respiratoire aigu sévère), ce nouveau coronavirus qui a déjà fait plusieurs dizaines de morts et contaminé plusieurs milliers de personnes aurait pour origine des animaux sauvages vendus à des fins de consommation humaine. Même si les conclusions sur l’origine de cette épidémie ne sont pas encore connues, les autorités sanitaires chinoises incriminent les espèces sauvages qui étaient illégalement vendues sur le marché de Wuhan, au centre de la Chine. Il proposait à la vente des animaux vivants aussi variés que des rats, des louveteaux et des salamandres géantes. Dimanche, Pékin a annoncé une interdiction temporaire du commerce de la faune sauvage. Le commerce de la viande en provenance de ces animaux, couplé à la destruction des zones d’habitat sauvage, conduisent les humains à avoir des contacts de plus en plus étroits avec les virus dont ils sont porteurs et qui peuvent se propager rapidement dans notre univers ultra-connecté, a expliqué Peter Daszak, président d’EcoHealth Alliance, une ONG spécialisée sur la prévention des maladies infectieuses. Selon le projet Global Virome qui a pour objectif d’améliorer la manière de faire face aux pandémies, il existe plus d’1,7 million de virus non découverts au sein de la faune sauvage, dont près de la moitié pourraient être néfastes pour les humains. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

« La nouvelle norme est que les pandémies vont se produire plus fréquemment, a affirmé M. Daszak, soulignant que nous sommes de plus en plus en contact avec des animaux qui sont porteurs de ces virus ». Ils font partie de notre environnement et, heureusement, ne génèrent pas tous des scénarios cauchemardesques. Cependant, le nombre de virus migrants des animaux vers les hommes donne à réfléchir.

L’origine animale de plusieurs maladies infectieuses apparues depuis les années 1980 a été identifiée : la civette –un petit carnivore– pour le Sras, qui avait des centaines de victimes en Chine et à Hong Kong en 2002-03, la chauve-souris pour Ebola et le singe pour le Sida. Même de la volaille et le bétail peuvent être à l’origine de maladies comme Creutzfeldt-Jakob ou la grippe aviaire. « Pour l’avenir des espèces sauvages et pour la santé humaine, nous devons réduire la consommation de ces animaux sauvages », a déclaré Diana Bell, biologiste spécialiste des maladies et de la conservation de la faune sauvage à l’université d’East Anglia (Grande-Bretagne). La consommation de viande provenant de ces animaux n’est cependant pas nécessairement dangereuse en elle-même, la plupart des virus meurent une fois que la bête porteuse a été tuée. Mais les éléments pathogènes peuvent se transmettre aux humains lors de la capture, du transport ou de l’abattage en particulier dans de mauvaises conditions sanitaires ou en l’absence d’équipement de protection.

Le marché de Wuhan, officiellement « marché au poisson » vendait bien d’autres espèces que des produits de la mer, à en croire une brochure publicitaire et une enquête d’un média chinois. Le site a été fermé dès la découverte des premiers cas de maladie chez des commerçants du marché. Des ventes illégales d’animaux sauvages s’y déroulaient, a reconnu mercredi le directeur du Centre national de contrôle et de prévention des maladies, Gao Fu, sans pouvoir dire si du gibier était bien à l’origine de l’épidémie. En principe interdite de consommation, la civette, à l’origine de l’épidémie de Sras, qui avait tué près de 650 personnes en au début des années 2000, figure pourtant sur une liste de 112 produits offerts à la vente par un des commerçants du marché de Wuhan. « Congelés et livrés à votre porte dès l’abattage », proclamait la brochure, qui offrait à la vente des animaux vivants aussi variés que des rats, des renards, des crocodiles, des louveteaux, des salamandres géantes, des serpents, des paons, des porc-épics ou de la viande de chameau.

Les Chinois se vantent volontiers de manger « tout ce qui a quatre pattes sauf les tables, tout ce qui nage sauf les bateaux et tout ce qui vole sauf les avions »— y compris des espèces rares prisées pour leurs supposées vertus thérapeutiques. Mais cette gastronomie présente des risques pour la santé humaine, rappelle Christian Walzer, de l’association écologiste américaine Wildlife Conservation Society. Selon lui, 70% des nouvelles maladies infectieuses proviennent d’animaux sauvages et les marchés sont les endroits rêvés pour que les virus se transmettent à l’homme. Selon une étude génétique, le nouveau coronavirus a pu prendre naissance chez la chauve-souris. La revue de l’Académie chinoise des sciences relève que le nouveau virus est très similaire à une souche virale présente chez la chauve-souris. Le volatile serait ainsi « le réservoir » du virus, mais cela ne signifie pas qu’il l’aurait directement transmis à l’homme. Un temps suspectés, les serpents semblent mis hors de cause dans la chaîne de transmission du virus.

Les autorités chinoises ont essayé de résoudre le problème en encourageant l’élevage en captivité des animaux consommés. Cela comprend notamment des espèces en danger comme les tigres, très appréciés en Chine et en Asie en raison des vertus, notamment aphrodisiaques, qui leur sont prêtées. Selon des groupes environnementaux, la demande chinoise, alimentée par la hausse du pouvoir d’achat des consommateurs, est le principal moteur du commerce mondial de cette viande. La demande est également soutenue par une industrie agro-alimentaire chinoise qui suscite la méfiance après de nombreux scandales, selon Yang Zhanqiu, biologiste à l’université de Wuhan.  « Il est très difficile d’arrêter une activité qui a 5.000 ans de tradition culturelle, reconnait M. Daszak, qui veut croire que les nouvelles générations se détournent de ces habitudes alimentaires, en particulier grâce à des campagnes de défense des animaux soutenues par des célébrités chinoises. Je pense que dans 50 ans, ce sera une chose du passé », dit-il.

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