🆓 Le trafic de bonobos en RDC mis à nu (3 mn)

1679
⏱ Lecture 3 mn.

Une patrouille anti-braconnage de l’ONG Conserv Congo, qui tentait d’arrêter des braconniers ayant capturé un jeune bonobo, a trouvé un téléphone contenant des images de leurs actions criminelles, jetant une lumière crue sur le trafic de ce grand singe menacé.

Aux premières heures du matin du 23 février 2020, une patrouille anti-braconnage de l’ONG Conserv Congo qui travaillait près du village de Mondombe, en République démocratique du Congo (RDC), a entendu trois coups de feu au plus profond de la forêt, à environ 10 km. L’équipe s’est précipitée sur les lieux, pour être accueillie par des tirs de braconniers. Ces derniers ont réussi à s’échapper mais ont laissé derrière eux quatre preuves : un fusil de chasse artisanal, une machette, un téléphone et un bonobo ligoté et en sang. Le bonobo, une mère allaitante, était encore en vie. Adams Cassinga, fondateur et directeur de Conserv Congo, a placé le singe blessé dans un panier. Il a également ramassé le téléphone des assaillants et a découvert des images choquantes d’autres bonobos assassinés et de leur bébé kidnappé.

Les bonobos (Pan paniscus) sont l’un de nos plus proches parents vivants. On ne les trouve qu’en RDC, où les estimations suggèrent qu’il ne reste pas plus de 10 000 à 20 000 individus. Le nombre exact est inconnu car seul un tiers environ de l’aire de répartition de l’espèce a été recensé. Bien qu’ils soient classés comme étant « menacés » sur la Liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature, la plupart de leur habitat n’est pas protégé et disparaît avec la déforestation. Par ailleurs, des décennies de violence et d’instabilité politique en RDC ont accéléré le déclin des bonobos en favorisant le commerce de la viande de brousse. Les bonobos n’ont qu’un bébé tous les quatre ou cinq ans, et un enfant capturé pour le commerce illégal représente invariablement au moins un adulte mort. Les mères bonobos « ne renoncent pas facilement à leurs bébés, les défendent et sont généralement abattues… puis utilisées comme viande de brousse« , explique Adams Cassinga, dont l’ONG a produit une vidéo avec des images de la saisie. « Pendant ce temps, leurs bébés traumatisés sont vendus comme animaux de compagnie exotiques ou utilisés comme divertissement dans les zoos, les parcs de safari et autres entreprises commerciales« .Le traffic des primates a donc des conséquences importantes pour la survie de l’espèce.

Les principaux moteurs du commerce des bonobos sont la pauvreté, l’absence de moyens de subsistance alternatifs et l’ignorance, de nombreux chasseurs ne sachant pas qu’il est illégal de les chasser. Les individus capturés sont emmenés dans les grandes villes pour être vendus aux marchés comme animaux de compagnie. A n’importe quel moment, « il y a au moins 20 grands singes vivants et des milliers de morceaux de corps découpés à Kinshasa« , affirme Admas Cassinga. Un bébé vivant ne se vend pas moins de 5000 $ dans la capitale. Le commerce international n’est pas en reste : des bonobos de provenance inconnue ont déjà été vus en Thaïlande ou en Chine. Un autre facteur de plus en plus important du trafic est l’utilisation généralisée de selfies de célébrités locales avec des animaux exotiques sur les réseaux sociaux, qui pousse leurs fans à vouloir également en posséder.

Les singes morts sont découpés et vendus pour leur viande, généralement consommée par les familles urbaines des classes moyennes et supérieures, locales ou d’expratriés. Les parties du corps comme la peau, les mains et la tête sont utilisées comme médicaments et dans des rituels spirituels, cette dernière pouvant atteindre un prix de 1500 $. Cette consommation de viande de brousse peut avoir des conséquences sanitaires graves, avec le développement et la propagation de zoonoses comme celle du Covid-19.

La jeune mère allaitante secourue par l’équipe de Conserv Congo a été placée dans un brancard et ramenée au village. Après six heures de lutte, le bonobo a succombé à ses blessures. Son corps a été remis aux autorités locales dans le cadre d’une procédure judiciaire. Les braconniers, déjà identifiés par la communauté, sont toujours en liberté, mais un mandat d’arrêt a été émis. Depuis la création de Conserv Congo en 2014, Adams Cassinga et son équipe ont enquêté sur plus de 200 cas de trafic d’espèces sauvages, ce qui a conduit à plus de 100 arrestations et cinq condamnations.