Les feux : un « tournant décisif » pour l’Amazonie (3 mn)

Photo © Oran-Tantapakul-Fotolia

1414
⏱ Lecture 3 mn.

Les incendies qui ravagent l’Amazonie sont « un tournant décisif » pour la survie de ce massif forestier, a estimé mercredi le patron de l’Organisation internationale pour les bois tropicaux (Itto), appelant le monde à redoubler d’efforts pour sa sauvegarde.

« On déboise pour survivre », confie à l’AFP le fermier Aurelio Andrade au cœur de l’Amazonie brésilienne, pendant que les flammes consument la végétation sur le terrain de son voisin. A 120 kilomètres de Porto Velho, la capitale de l’Etat de Rondônia, frontalier de la Bolivie, cet homme de 65 ans mène son propre combat, à mille lieues de la crise politico-diplomatique et de l’émotion mondiale provoquées par les incendies dans la forêt amazonienne. Vu du ciel, son terrain de quelques hectares, petit en comparaison des grandes exploitations d’agriculture intensive, s’arrête net au niveau de la ligne qui sépare la jungle des zones déboisées, de plus en plus vastes, de couleur marron-rouge. Voilà 19 ans qu’Aurelio occupe cette terre, qu’il considère comme n’appartenant « à personne », avec son épouse évangélique, laquelle n’hésite pas à marcher quatre heures pour assister à la messe dans le bourg le plus proche. Il espère que les autorités lui accorderont bientôt un titre de propriété. Ce procédé pour s’approprier des terrains du domaine public, appelé « grillagem » en portugais, est la source de nombreux conflits entre communautés indigènes, ceux qui envahissent des terres et autorités plus ou moins présentes. Dans cette région coupée du monde aux airs de Far West, pas de forces de l’ordre, ni d’autre loi que celle qu’imposent les propriétaires terriens, les trafiquants de bois et les orpailleurs. « Ici, on n’a pas d’aide du gouvernement fédéral ni de personne, seulement de Dieu. On abat donc les arbres pour planter de l’herbe dans le but de faire manger le bétail et de survivre », explique Aurelio, chapeau et t-shirt aux motifs de camouflage militaire, lunettes de vue sur la poitrine retenues par des cordons. Sa maison en ciment est entourée d’un terrain qui a grandi au fil des années, au fur et à mesure que les arbres tombaient, où il élève des vaches, des poules, des cochons, des canards et des chevaux. Les flammes qui consument une partie de l’Amazonie et focalisent l’attention du monde entier ne semblent pas l’inquiéter. En revanche, l’incendie chez son voisin, à quelques mètres de là, l’empêche de dormir. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Pourtant, ces incendies sont « un tournant décisif » pour la survie de ce massif forestier, a estimé mercredi le patron de l’Organisation internationale pour les bois tropicaux (Itto), appelant le monde à redoubler d’efforts pour sa sauvegarde. La situation est « très urgente », a insisté Gerhard Dieterle, directeur exécutif de cette agence intergouvernementale pour la gestion durable des forêts tropicales, interrogé par l’AFP en marge de la Ticad, une conférence internationale sur le développement de l’Afrique organisée à Yokohama (Japon). « Beaucoup d’experts redoutent qu’il s’agisse d’un tournant décisif » pour la plus grande forêt tropicale au monde », a-t-il rappelé, alors que des dizaines de milliers de départs de feu étaient recensés au Brésil, en dépit du recours à l’armée pour les combattre. Plus de la moitié de ces feux sont situés dans le vaste bassin amazonien. Certains de ces incendies ont des causes naturelles, mais la plupart sont des feux volontaires, déclenchés par des agriculteurs pour gagner des surfaces cultivables, selon M. Dieterle. « Si des forêts tropicales denses sont incendiées, elles auront besoin de beaucoup, beaucoup d’annéespour se régénérer. Cela va altérer le climat » au niveau régional et influer sur le climat au niveau mondial, a-t-il averti.

Les pays du G7 ont proposé 20 millions de dollars au Brésil pour l’aider à lutter contre ces incendies géants, une offre que le président brésilien d’extrême droite Jair Bolsonaro a d’abord refusée, puis acceptée mardi après un tollé mondial. Cette aide est « un début, mais il faudrait beaucoup plus, a jugé M. Dieterle. Je pense que le monde serait prêt à fournir davantage de moyenssi le Brésil le demandait, a-t-il ajouté. Plus tôt lors d’un discours à la Ticad, l’expert a aussi rappelé que la déforestation et la dégradation des forêts continuait à un rythme alarmant dans beaucoup de pays africains ». L’Afrique pourrait manquer un jour de bois, alors que la population du continent devrait atteindre 4,4 milliards de personnes à la fin du 21e siècle, contre 1,2 milliard aujourd’hui. « Nous devons nous concentrer davantage sur le rôle et l’utilisation des forêts productrices, avant qu’il ne soit trop tard », a-t-il souligné.

[/ihc-hide-content]