Quotas restreints pour le cabillaud en mer Baltique en 2020 (4 mn)

Photo © Einar Storsul de Pixabay

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Les quotas de pêche du cabillaud seront restreints en 2020 en mer Baltique, afin de tenter de remédier à la mauvaise forme des stocks, selon l’accord trouvé dans la nuit de lundi à mardi par les ministres de la Pêche de l’UE.

Le ministre finlandais Jari Leppä, dont le pays tient la présidence tournante de l’UE, a salué des « décisions courageuses » qui « devaient être prises pour préserver la santé des stocks de poissons de la mer Baltique et la durabilité à long terme des zones de pêche ». L’UE s’est donné pour objectif de gérer ses stocks de poissons par des limites de capture annuelles, réparties entre États membres selon des quotas nationaux. Elle se fixe un objectif de rendement maximum durable (RMD), volume de capture qui peut être prélevé sur un stock donné tout en maintenant la taille du stock. L’état des stocks de cabillaud préoccupe la Commission européenne, qui avait en juillet décidé d’interdire jusqu’à la fin de l’année la pêche au cabillaud dans la majeure partie de la mer Baltique. Pour 2020, les ministres se sont accordés sur un quota réduit au minimum, 2.000 tonnes (contre 24.112 tonnes en 2019), pour le cabillaud oriental, soit la seule autorisation des prises accidentelles. Le quota pour le cabillaud occidental est fixé à 3.806 tonnes, soit une baisse de 60% par rapport à 2019, un peu plus limitée par rapport à ce que proposait la Commission (-68%). Le Conseil a également donné son feu vert pour des mesures supplémentaires sur le cabillaud: des restrictions strictes pour la pêche récréative (cinq poissons par pêcheur par jour) et des période de fermetures étendues pour certaines zones de pêche. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Une décision radicale dénoncée par Europêche, principal syndicat européen de pêcheurs. Selon un avis largement partagé, la disparition du cabillaud n’est pas uniquement liée à un problème de surpêche. « Avec tous les facteurs combinés, même si vous stoppez la pêche tout de suite, le stock baissera probablement l’année prochaine,reconnaît Andrezj Bialas, de l’ONG Oceana. C’est d’autant plus une raison pour arrêter la pêche, car le stock est en tellement mauvais état qu’il ne faut pas en rajouter », selon lui.

Les pêcheurs, eux, ont vu rouge. Avec en mains l’avis scientifique du Ciem, le Conseil international pour l’exploration de la mer, dont l’avis guide chaque année les recommandations de la Commission pour les quotas de pêche (TAC), ensuite négociés entre pays. Selon le Ciem, la fermeture de toutes les zones de pêche pour cabillaud oriental au deuxième semestre 2019 « ne devrait entraîner qu’une augmentation de 4% de la biomasse du stock reproducteur en 2020 parrapport à une absence de restrictions supplémentaires. L’effet limité est dû au fait que la mortalité due à la pêche est beaucoup plus faible que la mortalité naturelle et que plus de la moitié des prises sont normalement effectuées au cours du premier semestre de l’année », expliquent les scientifiques.
La situation déplorable du cabillaud oriental est « en grande partie due aux changements biologiques survenus au cours des dernières décennies, explique le Ciem. Sa croissance, son poids, sa taille à maturité ont considérablement diminué ». Ce poisson est victime de prédation, mais aussi de la difficulté à se nourrir, ses propres proies ayant migré plus au nord avec le changement climatique. Le problème de salinité de la mer Baltique joue aussi.

Fin août, lorsque la Commission a publié ses proposition de quotas de pêche, l’Association des pêcheurs de la Baltique a dénoncé une « gestion brutale » des pêcheries de cabillaud, qui « va causer de sérieux dommages » aux communautés de pêcheurs. « La protection des stocks est un élément clé d’une exploitation soutenable, mais tout comme l’est la protection des pêcheurs »,a objecté l’association. Du côté des association de protection des océans, on dénonce « la surpêche » en mer Baltique depuis plusieurs années. Ces cinq dernières années, les TAC votés ont toujours été beaucoup plus élevés que l’avis scientifique. En fait ils n’ont jamais suivi ni l’avis scientifique, ni la Politique commune de pêche (PCP), déplore Andrezj Bialas. Oceana estime qu’il faudrait interdire la pêche au cabillaud dans l’est de la mer Baltique en 2020, pour rendre « négligeable » la pression sur le stock halieutique.

Les mesures annoncées n’ont pas convaincu les ONG. « Les stocks de cabillaud de la Baltique orientale et de hareng de la Baltique occidentale sont dans un état critique et leur nombre est presque épuisé. Les avis scientifiques indiquent clairement que les limites de pêche pour ces stocks devraient être fixées à zéro, ce qui signifie qu’aucun cabillaud de la Baltique orientale ou hareng de la Baltique occidentale ne devrait être capturé », a déploré Ottilia Thoreson, de WWF. L’ONG Oceana a dénoncé une décision qui « met en danger l’écosystème de la mer Baltique, ses stocks halieutiques et les pêcheurset qui sape la crédibilité de l’UE dans son ensemble ». Les baisses proposées par l’exécutif européen ont été validées dans le cas du hareng de Botnie (-27% à 65.018 tonnes), du hareng central (-10% à 153.384 tonnes), et de la plie (-32% à 6.894 tonnes). Elles sont légèrement en deçà des recommandations pour le hareng occidental (-65% à 3.150 tonnes, contre -71% demandé) et le sprat (-22% à 210.147 tonnes contre -25% demandé). Enfin, les quotas pour le saumon du bassin principal ont été quasi stabilisés (-5% à 86.575 tonnes). Une augmentation de 11% a été accordée pour les quotas de hareng de Riga (34.445 tonnes, en ligne avec la recommandation).

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