Le sort des cétacés du Marineland d’Antibes se précise: le gouvernement a annoncé lundi, à l’issue d’une réunion inédite, qu’une « décision définitive » interviendrait d’ici fin mars, avec en ligne de mire un possible transfert des orques vers un parc en Espagne et des dauphins vers le ZooPark de Beauval.
Depuis la loi de 2021 interdisant à terme les spectacles de cétacés et leur captivité en France, le gouvernement semble naviguer à vue, entre la direction du Marineland qui veut déplacer les animaux au plus vite vers le Loro Park de Tenerife, les ONG plaidant en ordre dispersé pour des sanctuaires en semi-liberté – aujourd’hui seulement à l’état de projets pour la majorité.
« Toutes les options sont expertisées avec exigence et transparence », notamment concernant des « garanties solides en matière de bien-être animal », a assuré Mathieu Lefèvre, le ministre délégué chargé de la Transition écologique, dans un communiqué, après la réunion réunissant l’exploitant, des représentants de l’Etat, ONG, structures d’accueil potentielles et scientifiques.
« Compte-tenu de l’urgence de la situation, une décision définitive sera prise d’ici la fin du mois de mars 2026 », a indiqué le ministère à l’issue de plus de trois heures de discussions.
Une nouvelle réunion est prévue d’ici trois à quatre semaines.
Pour les orques, M. Lefèvre avait rouvert en décembre l’option d’un transfert vers un sanctuaire au Canada. Mais ce dernier n’est encore qu’un projet et l’adaptation des orques nées en captivité à Antibes est incertaine.
Pour l’heure, un rapport d’expertise ayant fuité lundi matin alerte sur l’état de délabrement des bassins où Wikie (24 ans) et son fils Keijo (12 ans) sont nés et évoluent.
Construits en 2000, les bassins, très fissurés, font l’objet de travaux de maintenance permanents mais, fragilisés par les mouvements du sous-sol, ils sont menacés d’un effondrement généralisé. Si cela se produisait, il faudrait euthanasier les orques.
Après avoir refusé un départ des orques vers un parc au Japon et assuré que les autorités espagnoles jugeaient les bassins du Loro Parque trop petits, le ministère semble désormais se résoudre à cette dernière solution.
Au vu de l’urgence, « on pourrait imaginer le déclenchement de la solution Loro Parque. Ce n’est pas forcément le souhait du ministre, mais il faut agir avec responsabilité », avait expliqué à la presse lundi l’entourage du ministre.
Paul Watson, qui représentait Sea Shepherd à la réunion, a plaidé pour la création d’un sanctuaire pour les orques en Méditerranée et assuré que son ONG pouvait verser 500.000 euros par an pour participer à leur maintien à Marineland en attendant.
– « Seule chance de survie » –
D’autres ONG comme TideBreakers, plaident aussi pour des sanctuaires mais estiment qu’il est trop tard pour Wikie et Keijo.
Un message relayé par Jason James Richter, qui interprétait l’enfant dans « Sauvez Willy »: « Contrairement à la fin hollywoodienne de +Sauvez Willy+, Wiki et Keijo ne peuvent pas être simplement relâchés dans la nature (…). Leur seule chance de survie est d’être transférés dans un autre parc ».
Concernant le sort des 12 dauphins du Marineland et des 11 de Planète Sauvage près de Nantes, le ministère a indiqué lors de la réunion que la solution portée par Beauval est « désormais actée ». Il argue que les ONG opposées au projet ne proposent aucune autre solution et qu’il n’y aurait pas assez de place dans les projets de sanctuaires en cours , comme celui qui doit ouvrir au printemps près de Tarente (Italie).
Un argument que réfute Muriel Arnal, présidente de l’ONG One Voice, assurant que « quelques dauphins français pourraient y être accueillis ».
En novembre, 15 ONG et le rapporteur de la loi de 2021 avaient menacé de s’y opposer devant les tribunaux, dénonçant un « faux-semblant de sanctuaire » et une poursuite de l’exploitation commerciale des cétacés.
Au coeur des critiques: une reproduction des cétacés et des transferts qui se poursuivent.
Selon la charte d’engagements présentée par Beauval lors de la réunion de lundi, les transferts ne seront autorisés que pour le bien-être des animaux et il n’y aura pas d’insémination artificielle.
« On repart complètement en arrière: cela acte la reproduction en captivité et on revient à un projet commercial », a dénoncé auprès de l’AFP Mme Arnal.
Le gouvernement assure que le Zooparc sera prêt au printemps 2027 et souhaite que les 12 dauphins de Marineland restent à Antibes jusque-là.
Selon le rapport d’expertise, leur nombre, leur état de santé et les conditions de leurs bassins le permettent.


