Parcourir les lieux d’une histoire très ancienne – la transhumance dans les Alpes du sud – raconter les rencontres et la découverte des paysages, s’émerveiller sans cesse. Tout en surmontant les difficultés multiples de dix journées d’efforts. Tel est le projet de l’auteur de ce journal de randonnée.
Episode 2 – La Sainte-Victoire par la face nord
Jour 1 – 25 mai : de Salon-de-Provence jusqu’à Rians
Distance : 83 km Dénivelé : 1 260 m
Moment très attendu : le départ. Plus tôt que d’habitude car la météo est aux fortes températures. Premier kilomètre, puis demi-tour, car nez au vent, j’ai oublié mon casque. Pistes et paysages familiers de la garrigue, arrivée dès 11 heures sur le cours Mirabeau à Aix.
La Routo s’extrait de la dépression aixoise par un sentier abrupt, étroit, par lequel je doute que des troupeaux aient pu passer un jour. Puis une longue « piste du feu » longe le versant nord de la montagne Sainte-Victoire, que l’on rarement l’occasion de contempler sous cet angle. On monte un peu, on redescend, on serpente entre les vallons, le paysage est parfois monotone mais plutôt agréable.
Ce premier jour est celui où il faut prendre le rythme : pédaler à forte cadence, en n’appuyant que modérément sur les pédales. C’est de cette façon qu’on peut aller loin. Mais je n’ai pas présenté ma fidèle monture : c’est un VTT de la marque Specialized, tout suspendu (indispensable vu l’âge respectable de mes vertèbres lombaires), équipé d’une batterie d’une capacité de 700 Watts-heure, avec un cintre (guidon) légèrement relevé (mes vertèbres cervicales m’en remercient également). Les pneus sont plus volumineux que ceux d’origine (29×2.8 pour les spécialistes), ce qui atténue les chocs et permet finalement à l’ensemble de ma colonne vertébrale de survivre. Ils sont « légèrement » tout-terrain, avec des reliefs peu marqués, pour rester « roulants » et surtout dégrader le moins possible les chemins et les sentiers. Dernier détail : choisir des pneus sans chambre à air, afin d’éviter toute crevaison. Pour aller loin, je roule toujours en « Eco ». Chacun de ces détails est essentiel pour transformer un vélo à vocation plutôt sportive en vélo de voyage et d’aventure. Et pour finir, une anecdote pour apprécier l’efficacité de l’assistance électrique : en une journée (60 à 100 km), je consomme autant d’énergie que le four électrique de votre cuisine en 15 minutes !
Quelques kilomètres avant Rians, je perds le balisage du GR 69 et c’est par la route que je parviens à destination. 14 heures, il est trop tôt pour arriver à l’hôtel ; mais je suis accueilli par un grand sourire et un bienveillant « il n’y a pas d’heure pour les cyclistes ! ». C’est la première des surprises inattendues du voyage.
Rians est une bien étrange commune du moyen-pays varois, qui illustre les difficultés et les dilemmes des petits bourgs de la France périphérique : un village traditionnel bâti sur un point haut, une ceinture autrefois agricole aujourd’hui abandonnée (en attente d’urbanisation ?) et au-delà, sur les collines, une myriade de maisons individuelles récentes, occupées par des retraités, des cadres d’ITER (1), voire des résidences secondaires. Une balade dans le village, ambiance « L’été meurtrier » (2), témoigne de la vigueur de la culture traditionnelle ; la municipalité est d’ailleurs tenue par les habitants du « village », dont le programme semble être que « rien ne change », ce qui pénalise de façon très visible la stratégie urbaine comme le développement économique. Difficile pour ces grands villages (ou ces petits bourgs) d’entrer dans la modernité et de s’adapter à notre 21ème siècle !
J’ai beaucoup apprécié mon hôte, mais je n’ai pas vraiment aimé ce village. (À suivre)
Jean-Paul Hétier
(1) Le réacteur thermonucléaire expérimental international, ou ITER, est un projet international de réacteur nucléaire de recherche civil à fusion nucléaire
(2) L’été meurtrier est un film de Jean Becker réalisé en 1983, avec Isabelle Adjani, Alain Souchon et Michel Galabru


