Par jean-Paul Hétier – Parcourir les lieux d’une histoire très ancienne – la transhumance dans les Alpes du sud – raconter les rencontres et la découverte des paysages, s’émerveiller sans cesse. Tout en surmontant les difficultés multiples de dix journées d’efforts. Tel est le projet de l’auteur de ce journal de randonnée.
Episode 1 – La Route de la transhumance
« Je m’appelle Jean-Paul, j’ai 72 ans. Je suis presque né sur un vélo, neuf ans seulement après la fin de la dernière guerre mondiale. Les pneus « ballon » des petits vélos de l’époque permettaient alors aux enfants de jouer sur tous les terrains, bosses, cailloux et trottoirs. Plus tard, jeune adolescent, j’inventais avec mes cousins le vol à vélo, à l’aide de tremplins construits en tôle ondulée, vols qui ont fini par disloquer le cadre du vénérable vélo qui avait permis à ma mère de se déplacer quand il ne restait plus que les gazogènes. Dès l’apparition en France du « mountain bike », à la fin des années 80, j’ai eu un coup de cœur pour cette monture et ai parcouru des dizaines de milliers de kilomètres en pleine nature. Bref, le vélo est devenu un prolongement de moi-même, de mes jambes et de mes bras. Face au poids des ans, je me suis converti il y a quelques années au VTT à assistance électrique.
J’ai ensuite fait des études pour devenir ingénieur agronome, finalement un peu par hasard. Sans doute en raison d’une attirance naturelle pour le vivant et pour la campagne. Pourquoi n’ai-je jamais pratiqué l’agronomie ? Parce que je me suis spontanément laissé aspirer par la botanique, l’écologie, la protection de la biodiversité puis plus tard par la lutte contre le changement climatique, des sujets qui m’ont conduit au fil des ans aux côtés du Conservatoire du Littoral, des parcs nationaux et régionaux français et aux quatre coins du globe.
Découvrir l’autre, les autres et leurs territoires. Une passion qui m’a guidé vers l’exploration, le voyage, l’itinérance, en « stop » d’abord, puis en « deuche », en voilier, à pied sur les GR, enfin en vélo tout-terrain, pour éviter l’agression des routes, des automobiles et autres véhicules.
Vélo, nature, itinérance : chaque année depuis 8 ans, je consacre une dizaine de jours à la traversée d’une région en VTT, à rejoindre un lieu particulier : chemins de Compostelle et sentiers de grande randonnée m’ont mené à travers l’Aubrac, les Pyrénées, le Jura et les Vosges, la source du Rhône en Suisse, les grands lacs italiens.
Cette année, j’ai jeté mon dévolu sur la Routo de la transhumance (prononcer « la route », car en provençal le « o » final ne se prononce quasiment pas) qui voyait, le printemps venu, les immenses troupeaux de moutons de Basse-Provence gagner les pâturages alpins. C’était aussi un retour vers le Mercantour de ma jeunesse, que je parcours depuis toujours sans jamais me lasser. » (À suivre)
Jean-Paul Hétier


