Les efficaces disperseurs du Domaine de Chambord (1 min 30)

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Le projet « Costaud », qui étudie les interactions entre les ongulés sauvages et la forêt du Domaine de Chambord, met en lumière les services rendus par les animaux aux gestionnaires forestiers.

Avec son vaste espace forestier clos, le Domaine national de Chambord constitue un lieu d’étude privilégié des ongulés sauvages tels que cerfs et sangliers, et leurs interactions avec l’écosystème forestier (consommation de la végétation, dispersion des graines, etc). Afin de mieux définir les mécanismes en jeu, des scientifiques de l’unité Ecosystèmes forestiers du centre Irstea (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture) de Nogent-sur-Vernisson conduisent le projet « Costaud », une approche interdisciplinaire, géohistorique, écologique et socioculturelle permettant de comprendre « comment le paysage de ce site, initialement créé pour la chasse du roi de France François Ier, a été modelé au fil du temps par l’Homme et en particulier par les pratiques de chasse », et parallèlement comment la population d’ongulés maintenue en abondance sur le site contribue au fonctionnement de l’écosystème et aux services rendus sur le domaine. L’étude géohistorique a ainsi montré que Chambord, en partie consacrée aux activités agricoles au XVIIIè siècle, est devenue presque entièrement forestière à partir du XIXè siècle, et donc très propice aux ongulés sauvages. Au plan écologique,à partir de « plusieurs expérimentations visant à étudier les mécanismes de dispersion des graines, transportées notamment par le pelage des animaux, [les scientifiques] ont montré que, quelle que soit l’espèce des graines, la majorité tombe très rapidement (dans la première heure) et qu’une petite fraction reste accrochée longtemps (moins de 10 % au bout de six heures et 1 % au-delà de deux jours) et se trouve alors transportée sur de longues distances, parfois jusqu’à 3 kilomètres ». Un élément nouveau amplifiant la dispersion des graines a par ailleurs été mis à jour : le transfert de graines entre animaux lors des « activités sociales de jeu ou de toilettage ». Les résultats du projet « Costaud » fournissent d’ores et déjà de meilleurs éléments de compréhension des interactions ongulés-forêt pour les gestionnaires forestiers : les cerfs et les sangliers empêchent ou retardent parfois la croissance de certaines espèces d’arbres d’intérêt commercial, mais ils rendent également des services essentiels au milieu naturel, notamment en dispersant efficacement les graines.