Guyane : un « débat public » au rabais pour le projet « Montagne d’or » ?

Photo © Roman Bodnarchuk Fotolia

1432
⏱ Lecture 2 mn.

Après que la Commission nationale du débat public a déclaré « irrecevable » la saisine de la Compagnie minière de la Montagne d’or, cette dernière affirme vouloir mener sa propre consultation.

Le projet Montagne d’Or s’inscrit sur 190 km2 de concessions et prévoit une fosse de 2,5 km de long, 500 m de large et 400 m de profondeur. Son usine de traitement de minerai par cyanuration exige l’énergie de 20% de la consommation annuelle de la Guyane. La concession de « Montagne d’Or », d’une superficie de 15,24 km2, est située à 125 km par piste au sud de Saint-Laurent du Maroni, dans une zone où l’activité minière est autorisée sous conditions. La Compagnie minière porteuse du projet affirme que celui-ci permettra la création de 750 emplois. Les opposants au projet affirment de leur côté que « Le risque majeur repose sur le stockage en digue de millions de tonnes de boues cyanurées. Au moins 25 ruptures de digue ont eu lieu depuis 2000 dans le monde. En 2015, le Brésil a connu un accident similaire considéré comme l’une des pires catastrophes écologiques. La Guyane inclut une partie encore intacte de la forêt amazonienne, poumon de notre planète, et zone de biodiversité extraordinaire. Ce territoire doit absolument être préservé d’activités aussi destructrices ».

La Compagnie minière a été sévèrement recadrée au début de l’été par la Commission nationale du débat public, qu’elle a saisie fin juin. La Commission a déclaré la saisine irrecevable, aux motifs que « le dossier de saisine ne contient aucune information chiffrée sur le coût des bâtiments et infrastructures » et que le maître d’ouvrage a manifesté sa volonté de « déposer la demande d’autorisation avant le 31 décembre 2017 », date à laquelle l’organisation d’un débat public national deviendrait obligatoire.

En réaction, la Compagnie minière a fait savoir le 14 août qu’elle envisageait d’organiser elle-même une « concertation » : « La Cie Minière Montagne d’Or a saisi de façon volontaire la Commission nationale du débat public (CNDP) fin juin 2017 en vue d’obtenir une concertation préalable avec l’appui d’un garant de la CNDP, dans le respect de la loi, écrit-elle dans un communiqué. Le 5 juillet, la CNDP a considéré la demande comme irrecevable « en l’état actuel du contenu ». La Cie Minière Montagne d’Or, fidèle à ses engagements, examine différentes possibilités pour organiser une concertation dans les meilleures conditions et pouvoir :

  •  fournir aux Guyanais une information claire et précise sur le projet Montagne d’Or ;
  •  donner l’accès à différents outils de débat, pour tenir compte des contraintes du territoire ;
  •  mobiliser les acteurs du territoire autour d’un débat serein sur des thématiques importantes pour le projet Montagne d’Or et son ancrage dans le territoire de la Guyane ».

Les opposants au projet, au premier rang desquels l’association Sauvons la forêt, en appellent au président de la République et lui demandent de « ne pas laisser détruire l’exceptionnelle biodiversité guyanaise ». Avec toutefois un espoir très mince d’être entendus : le 27 août 2015, alors ministre de l’économie, Emmanuel Macron déclarait : « Nous allons tout faire pour qu’un projet de cette envergure puisse voir le jour en Guyane ».

Lire la décision de la CNDP