La société Bretagne Zoo, qui gère l’ancien zoo de Pont-Scorff racheté fin 2019 par la coalition d’ONG « Rewild » dans l’objectif de préparer le retour des animaux à la nature, a été placée en redressement judiciaire, a annoncé mercredi Lamya Essemlali, co-présidente de Rewild.
Le tribunal de commerce de Lorient a placé mardi en redressement judiciaire la SARL Bretagne Zoo, dont Rewild est actionnaire à environ 70%. « Sea Shepherd va assurer toutes les dépenses liées à l’alimentation et au soin des animaux pendant la période d’observation », a expliqué Lamya Essemlali, également présidente de Sea Shepherd France, principal contributeur financier du projet, sous forme de prêts. L’objectif initial de Rewild était de transformer le zoo en centre de réhabilitation d’animaux sauvages saisis lors du démantèlement de trafics, et de préparer le retour à la nature dans leurs pays d’origine des animaux déjà présents. « Sea Shepherd va proposer un projet de reprise sur les mêmes bases. Jusqu’à présent, Rewild était actionnaire de Bretagne Zoo mais n’avait pas la maîtrise du projet ni de la gérance », a précisé Mme Essemlali. Des zoos traditionnels pourraient également se porter acquéreurs. Selon un communiqué conjoint de Rewild et Sea Shepherd, le projet a pâti d’une conjonction de facteurs négatifs : Bretagne Zoo, déjà en difficulté financière au moment du rachat, n’a pas bénéficié de l’aide Covid de l’Etat. Certaines dettes n’avaient pas non plus été identifiées. De plus, le contexte sanitaire a fortement ralenti les opérations de « réensauvagement », obstacle supplémentaire à de nouvelles levées de fonds.
Malgré les difficultés financières, deux projets de retour d’animaux captifs en milieu naturel sont prévus en mai. « Nous avons un projet et un montage financier complètement viables dès lors qu’il sera délesté de tout le passif de Bretagne Zoo, d’autant que cette structure commerciale n’est pas adaptée à un projet à but non lucratif, assure la présidente de Sea Shepherd France. Même si ce n’est pas possible de réensauvager tous les animaux, notamment pour des raisons génétiques, avec l’évolution des lois et de la société, on sait qu’il va y avoir de plus en plus besoin de structures d’accueil pour les animaux sauvages issus du trafic ou de l’industrie du divertissement », poursuit-elle. Une collecte lancée fin 2019 pour racheter le zoo et rembourser le compte-courant de l’ancien propriétaire Sauveur Ferrara avait rencontré un franc succès en récoltant 700.000 euros, portée par l’engagement du présentateur de télévision Hugo Clément.
Dès l’origine du projet, les zoos professionnels rassemblés dans l’AFdPZ (association française des parcs zoologiques) avaient exprimé leurs graves préoccupations. Outre la question de la viabilité économique du modèle, celui-ci manquait à leurs yeux de fondements scientifiques, reflétait une incompréhension des principes de base de la réintroduction en milieu naturel et ne prévoyait pas de s’engager avec des experts reconnus ou des ONGs de conservation actives sur le terrain. « 14 mois plus tard, nous pouvons constater que les craintes émises par les parcs zoologiques étaient fondées, écrivent-ils dans un communiqué. La situation actuelle démontre la non-viabilité du projet, sur le plan scientifique, réglementaire et financier. Les réintroductions d’espèces en milieu naturel promises aux donateurs ne se sont jamais concrétisées. Rewild voulait se passer de l’expertise acquise par les parcs zoologiques qui les pratiquent depuis plusieurs décennies lorsque cela est possible et lorsqu’elles sont nécessaires à la conservation d’une espèce. L’AFdPZ déplore vivement les conséquences de ce projet pour les salariés du parc, et pour le bien-être et la santé de près de 600 animaux placés sous la responsabilité de la société gestionnaire ».


