🆓 Des manchots hilares au musée ! (4 mn)

1515
⏱ Lecture 4 mn.

Les manchots n’ont pas fini de nous surprendre. 1- A Kansas-city, ceux du zoo ont profité du confinement pour visiter le musée voisin. 2 – une étude montre que leur guano produit du gaz hilarant 3 – Une autre étude révèle qu’ils sont capables de parler en plongée !

Bubbles (5 ans), Maggie (7 ans) et Berkley (8 ans) sont trois manchots de Humboldt, hébergés au zoo de Kansas-city, et privés depuis quelques semaines de leur distraction favorite (observer les bipèdes visiteurs du zoo) pour cause de confinement. Pour leur permettre de se dégourdir les palmes, le directeur de l’établissement et son confrère qui dirige le musée voisin Nelson-Atkins ont eu l’idée de les emmener visiter le musée, lui aussi déserté par les visiteurs. Au départ, c’était juste un poisson d’avril entre deux responsables d’institutions qui confrontaient leurs projets en vue de la réouverture au public de leurs institutions. Et puis, à la réflexion… Le poisson d’avril est devenu en projet qui s’est réalisé début mai. Le musée, richement doté, abrite notamment une version des Nympheas de Claude Monet, que les visiteurs palmés semblent avoir particulièrement appréciée. Les salles « Renaissance » ont elles aussi retenu toute leur attention. La vidéo de leur visite a fait un tabac sur internet, où elle aurait récolté plus de 380 millions de visites ! Belle opération de promotion pour le musée (qui a rouvert le 15 mai) et pour le zoo.

Pendant ce temps en Antarctique, confinement ou pas, les manchots royaux produisent via leurs excréments une quantité « extrême » de protoxyde d’azote, ou gaz hilarant, lequel joue un rôle important dans la destruction de la couche d’ozone, selon une étude de chercheurs danois rendue publique la semaine dernière. Le protoxyde d’azote est ce gaz contenu dans les cartouches de bombes à chantilly, que les ados (humains) « sniffent »… au péril de leur santé. « Le guano des manchots produit des niveaux significativement élevés de protoxyde d’azote autour de leurs colonies », a relevé un des responsables de l’étude, Bo Elberling, professeur de géosciences à l’Université de Copenhague. Ce gaz à effet de serre a un effet euphorisant, ce qui a rendu les chercheurs sur le moment un peu « timbrés », a indiqué l’Université danoise dans un communiqué. « Les émissions maximales sont environ 100 fois plus élevées que dans un champ danois récemment fertilisé. C’est vraiment intense – notamment parce que le protoxyde d’azote est 300 fois plus polluant que le CO2 », a expliqué le chercheur. Cette haute proportion s’explique par l’alimentation des pingouins qui se nourrissent principalement de poissons et de krill lesquels contiennent beaucoup d’azote. Après ingestion et digestion, l’azote se retrouve dans les excréments des pingouins et mélangé aux bactéries du sol la substance devient protoxyde d’azote. « Les émissions de protoxyde d’azote dans ce cas ne sont pas suffisantes pour avoir un impact sur le budget énergétique global de la Terre (mais) nos conclusions contribuent à de nouvelles connaissances sur la façon dont les colonies de manchots affectent l’environnement », a noté M. Elberling.

Sans avoir besoin de gaz hilarants, on sait que les manchots à terre sont extrêmement bavards. Ce qu’on ignorait, c’est qu’ils le sont aussi en plongée. En dehors de la saison de reproduction, ces oiseaux marins passent la plus grande partie de leur vie en mer et sont adaptés à l’environnement marin dans lequel ils se nourrissent. Les manchots sont, de plus, uniques par leurs capacités de plongée exceptionnelles. Ils utilisent leurs ailes modifiées pour se propulser sous l’eau et effectuent des plongées jusqu’à 30 à 500 mètres en fonction des espèces, à la recherche de proies.

Une unité de recherche sur les prédateurs marins (MAPRU) de l’université Nelson Mandela (Afrique du Sud) a attaché des caméras miniaturisées avec microphone intégré sur le dos de trois espèces de manchots : le manchot Royal, le manchot papou et le gorfou macaroni.

Le résultats de leur recherche présentent la première preuve que les manchots émettent des sons sous l’eau lors de la chasse.

Ils ont enregistré un total de 203 vocalisations sous-marines chez les trois espèces de manchots étudiées, durant presque 5 heures d’enregistrement sous-marin (représentant 93 plongées). Ces trois espèces ont été choisies car elles reflètent la diversité des stratégies d’alimentation des manchots en mer. Le manchot royal se nourrit principalement de poissons capturés à grande profondeur (200 mètres), alors que le gorfou macaroni se nourrit de krill dans les dix premiers mètres de la colonne d’eau. Le manchot papou, quant à lui, est très généraliste, pouvant se nourrir de proies très variées et à toutes les profondeurs. Les résultats montrent que toutes les vocalisations sous-marines étaient émises lors de plongées de nourrissage. La plupart d’entre elles (73 %) étaient émises durant la phase de fond des plongées, qui correspond à la phase de prise alimentaire(par opposition aux phases de descente et d’ascension).

Restent quelques questions : comment les manchots sont-ils capables de produire des sons sous l’eau, étant donné la pression en profondeur ? Pourquoi les manchots vocalisent-ils sous l’eau ? Les différentes vocalisations enregistrées servent-elles à échanger la même information ? Les manchots produisent-ils des sons dans des contextes différents ? Ces vocalisations sont-elles simplement le reflet de besoins physiologiques dus à la plongée en apnée, pour ajuster la flottabilité par exemple ? Peuvent-elles jouer un rôle dans les interactions sociales? Peuvent-elles faire partie d’une technique de chasse et être utilisées pour immobiliser des proies?

Les manchots ont encore bien des occasions de nous surprendre !

Lire l’étude