Le bousier sait coopérer en couple pour sauvegarder son butin

Baynham Goredema de Pixabay

95
Baynham Goredema de Pixabay
⏱ Lecture 2 mn.

Quel rapport entre la chasse en meute des orques ou le babysitting chez les mangoustes? Un comportement de coopération au sein de ces espèces, maintenant bien identifié chez le minuscule bousier, expliquent mercredi des chercheurs suédois et sud-africains.

Le petit coléoptère, présent sur tous les continents, se régale en bon coprophage des déjections de ruminants notamment. Et joue à ce titre un rôle éminent dans leur élimination et donc la bonne santé de l’environnement.   Au point que l’Australie, dans les années 1960, a lancé un programme d’introduction d’espèces de bousier pour lutter contre la prolifération de mouches scatophages et porteuses de pathogènes.  Les bousiers peuvent les priver de pitance de plusieurs façons: en se rassasiant directement à la source ou en creusant un tunnel dessous pour y protéger leur butin. L’équipe de chercheurs des universités suédoise de Lund et sud-africaine de Witwatersrand s’est penchée sur une troisième option, regroupant environ 10% des 7 à 8.000 espèces recensées sur Terre.   Le bousier des deux espèces Sisyphus fasciculatus et schaefferi, très communes respectivement en Afrique du Sud et en Europe, « confectionne une pelote fécale qu’il fait rouler pour échapper à la concurrence », explique à l’AFP la biologiste Claudia Tocco, première autrice de l’étude publiée dans la revue proceedings B de la Royal Society britannique.  La pelote va aussi bien servir de garde-manger, que de nid pour les oeufs de l’insecte, avant de contribuer en se dégradant à la fertilisation des sols.  Au 19e, l’éminent entomologiste Jean-Henri Fabre avait décrit les efforts conjoints d’un couple de Sisyphus schaefferi, dans lequel l’individu le plus costaud, une femelle selon lui, tirait la pelote, aidée par le mâle qui la poussait.   Plus récemment une étude a conclu que le genre avait peu d’importance. L’étude de Claudia Tocco a constaté autre chose et donné tort à Jean-Henri Fabre: elle a placé ses bousiers, par paire, dans une enceinte plate, puis munie d’obstacles de taille croissante, pour observer leur mode de coopération.

Question de « vibrations »

Premier constat, tous les tireurs des deux espèces étaient des mâles. Deuxième observation, la femelle poussait peu, voire pas du tout en terrain plat, un mâle se retrouvant seul étant aussi rapide qu’un couple.  Mais les chercheurs ont remarqué que dans l’attelage, où les deux participants avancent à reculons, le mâle tirant avec ses pattes de devant et la femelle poussant avec celles de derrière, ils avancent de concert sans se voir.  « Nous ne savons pas comment ils se coordonnent mais nous pensons que c’est par un système de mécano-récepteurs, où chacun perçoit à travers la pelote les vibrations des efforts déployés par l’autre », explique la chercheuse.  Le meilleur indice est que si on retire le mâle tireur, un véritable athlète capable de porter jusqu’à sept fois son poids, la femelle arrête rapidement son effort. Mais elle le reprend si l’expérimentateur fait vibrer légèrement la pelote.  Ce mode de communication reste à explorer et intéresse d’autant plus les chercheurs que « sa modélisation pourrait trouver des applications en robotique ».  En attendant, la femelle bousier joue un rôle clé quand il s’agit de franchir un obstacle, constitué d’une paroi de plusieurs centimètres dans l’expérience.  Le mâle s’y engage à reculons, grimpant avec ses longues pattes arrières, ses pattes avant tractant la pelote. La femelle, toujours en marche arrière et la tête en bas, guide alors la pelote pour amorcer l’escalade. « Elle aide à la stabiliser et ça facilite le travail du mâle », dit Claudia Tocco.  Qui s’inquiète par ailleurs des menaces environnementales pesant sur le bousier. Exposé à la pollution des sols, et plus grave encore, aux résidus d’antibiotiques ingérés par les ruminants et transmis par leurs déjections. « Une question sur laquelle nous travaillons » conclut-elle.