Feuilleton – Vélo, itinérance, nature

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Parcourir les lieux d’une histoire très ancienne – la transhumance dans les Alpes du sud –  raconter les rencontres et la découverte des paysages, s’émerveiller sans cesse. Tout en surmontant les difficultés multiples de dix journées d’efforts. Tel est le projet de l’auteur de ce journal de randonnée.

Jour 6 : En route vers l’Italie

 

30 mai : de Barcelonnette à Bercezio (Italie)

Distance : 65 km        Dénivelé : 1 840 m

Il faut maintenant remonter la haute vallée de l’Ubaye jusqu’au col de Larche. Pas par la route, mais par les chemins et les sentiers de la Routo. Pas de voitures, et surtout pas de motos, mais le prix à payer est une longue succession d’ascensions et de redescentes. Je commence dans des forêts d’ubac, puis rejoint les prairies et les premiers troupeaux.

Deux chiens patous m’attendent sur le sentier. La règle dans ce cas, c’est l’arrêt immédiat, à une dizaine de mètres. Quelques secondes d’observation, quelques regards et quelques mots qui se veulent apaisants, une sorte de discussion en somme, puis ces deux-là décident de me laisser passer.

Les chiens sont un danger réel pour les cyclistes qui évoluent en pleine nature. Par deux fois, je me suis fait mordre. Il est inutile d’accélérer, ils sont plus rapides que nous. On met donc pied à terre et on utilise le vélo comme obstacle pour le chien, en espérant que son maître parviendra à le rappeler, ce qui est loin d’être toujours le cas. Quand ils sont plusieurs, la situation peut devenir critique…

Je poursuis l’ascension, entre pistes en lacets et sentiers où je pousse parfois le vélo. Mais on est dans les Alpes, et chaque repli du terrain laisse apparaître un univers nouveau. Le Clausal, Châtelard, les Gleizolles, Saint-Ours, autant de hameaux blottis dans les rares espaces plats, qui évoquent la rudesse de la vie montagnarde d’autrefois. Je quitte ensuite la Routo, trop alpine et escarpée (les troupeaux parvenaient-ils réellement à passer par là ?) pour rejoindre Larche, puis la charmante petite auberge de Maison-Méane recommandée par Jean-Philippe.

Je laisse donc la Routo tutoyer les sommets et je m’engage le long de l’Ubayette par le GR 69. Magnifique petite boucle au milieu des prairies alpines : Cabane Fouque, cabane des Vallons, Pont Rouge, puis col de Larche.

Longue descente sur la route en lacet, au milieu des motos : Argentera, Belzecio, puis un discret panneau : Rifugio Becchi Rossi, ouvert. C’est mon itinéraire de demain, mais pourquoi ne pas anticiper, dormir au refuge et surtout m’informer sur l’itinéraire de demain, col de Colombar, puis col de Pouriac, 2 600 m d’altitude. Longue ascension dans la chaleur de l’après-midi, arrivée au hameau de Ferrière. On s’affaire autour du refuge, mais première déconvenue, il n’est pas encore ouvert. Discussion avec les montagnards : on peut atteindre facilement le premier col, mais on doit ensuite traverser un long champ de neige. Impossible en vélo, je dois changer mes plans.

Redescente vers la vallée de la Stura jusqu’à Villagio Primavera pour trouver un petit hôtel un peu décrépit mais délicieusement italien : on y parle fort, mais on fait vite partie de la famille. Tous prennent grand plaisir à regarder avec moi la finale de la Coupe d’Europe des champions Paris SG contre Arsenal Londres !

Jean-Paul Hétier

(A suivre)