Par Jean-Philippe Grillet – Beauté. Un mot s’impose parfois à la lecture d’un livre. Simple, banal. On en trouverait d’autres, mais tous semblent contournés en comparaison de celui-là. Il servira donc de guide pour partager la lecture du dernier livre de Violaine Berot.
Beauté de l’écriture : vive et poétique, encore plus vive portée par la voix de l’autrice, comme les chanceuses et chanceux du festival L’Ensauvagée ont pu l’apprécier tout récemment à St Paul sur Ubaye. Aussi vivante et imprévisible que les enfants et les animaux qui défilent dans En liberté. La phrase est tantôt concise à l’extrême : Aux chevaux/rien. Aux poneys/ rien. Aux poules/rien. Tantôt sinueuse, lieuse, quand se noue quelque chose de délicat entre les petits humains et les grosses bêtes dans la ferme où Violaine Berot les accueille. il [l’étalon] ne bouge pas/surveille juste que personne n’approche/ aucune jument aucun poulain aucun enfant/que puisse se reposer ce minuscule petit garçon/ les joues enfouies dans la douceur de ces crins.
Beauté de l’entreprise narrée : Violaine Berot ouvre sa ferme à des enfants « psy », cabossés, mutiques, violents, placés, hospitalisés. Les conduit au pied des bêtes. De sa voix ronde, elle dit toujours « nos bêtes », sans donner plus d’information sur les adultes qui tiennent le lieu, veillent sur les animaux et les enfants, éprouvent doutes, fatigues et peurs. Saisi dans son regard, dans ses gestes et ses silences, dans les coups qu’il donne comme ceux qu’il reçoit, « notre 1er », « notre 25ème », … ainsi désigné devient membre d’une même humanité en devenir, enfant singulier qui prend des risques, se trompe, et rit avec les chèvres, quand personne ne l’a jamais entendu rire à l’hôpital. Aucune explication ni révélation sur ce qui a fait cabosse dans ces vies neuves et lourdes. Affleurent seulement une critique du manque d’aide des structures en cas de difficulté et des gesticulations inappropriées d’encadrants. Sans contrainte, les enfants s’approchent à leur façon des chevaux, chèvres, moutons, et poules. Chacun choisit son animal et trouve avec lui la distance qui convient pour eux deux, sans aucun contact physique au milieu de poules affairées ou agrippé à la laine d’une brebis en marche. Ce n’est qu’à peine dit, mais entre eux et les adultes qui les accueillent, et recueillent aussi, ces enfants expérimentent du choix, de la liberté, des possibles.
Beauté de l’objet- livre enfin, de sa couverture, de son papier bouffant, du message final de l’éditeur dans une silhouette enfantine.
On se demande souvent ce que peut la littérature. On craint souvent ce que peut la nature. Quand elles se rencontrent de la sorte, la beauté s’appelle aussi espoir.
Anne Demerlé-Got
En liberté, Violaine Berot, éditions La Contre Allée, 2026, 72 pages, 15 €


