Jour 8 : Retour vers le tumulte de la « civilisation »
Parcourir les lieux d’une histoire très ancienne – la transhumance dans les Alpes du sud – raconter les rencontres et la découverte des paysages, s’émerveiller sans cesse. Tout en surmontant les difficultés multiples de dix journées d’efforts. Tel est le projet de l’auteur de ce journal de randonnée.
1er juin : de Saint-Etienne-de-Tinée à Vence
Distance : 91 km Dénivelé : 630 m
Pas d’autre solution, il faut descendre vers la Méditerranée par la route qui longe la Tinée, puis le Var. Cette route, je l’ai parcourue cent fois, mais jamais en vélo. Et là, je m’aperçois que je n’avais rien vu de la vallée. Je découvre que ce monde hostile par sa verticalité, est habité ; ici une cabane devant un potager et une treille de vigne, puis une chèvrerie sommaire, plus loin encore un sentier aérien que je n’avais jamais remarqué. Confirmation : en vélo, on voit vraiment beaucoup plus de choses !
Puis arrive la plaine du Var et son trafic intense, sa chaleur étouffante. Rapidement mon itinéraire s’échappe en rive droite pour monter jusqu’à Vence, par la route, avec heureusement quelques portions de sentier qui offrent un peu de tranquillité. Puis arrivée à Vence, bourg rural orienté à l’origine vers le commerce avec les Préalpes, reconverti aujourd’hui en ville touristique.
Rien de plus à raconter sur cette étape, que l’on peut qualifier de « transition ». Sur cette page, il me reste donc quelques lignes pour expliquer pourquoi je pars ainsi chaque année.
Autour de moi, j’entends Jean-Paul, tu es courageux !, Tu n’as pas peur de partir seul ? Erreur ! Plusieurs semaines à l’avance, mon impatience grandit, j’attends le départ. Bien sûr, certains tronçons mal pavés, trop pentus, en bref non cyclables, demandent un effort et exigent leur tribut de sueur. Mais ce n’est rien par rapport à l’aventure, le plaisir de la découverte de lieux et de paysages cachés, les rencontres inopinées, peu cette année, mais parfois nombreuses et surprenantes.
Presque tous s’étonnent (mais pas Julie, mon épouse, que je remercie de sa confiance) que j’ose partir seul à 72 ans sur des itinéraires qui ne voient que très peu de passage. Et si je me blesse, que m’arrivera-t-il ? A dire vrai, ma culture personnelle du risque, c’est de prendre le maximum de précautions pour que rien ne m’arrive, mais jamais de renoncer. J’ai les bons outils pour réparer, je reste bien en dessous de mes capacités de VTTiste pour éviter la chute, je prends suffisamment d’eau. Pour le reste, on verra…
Il y a trois ans, une aiguille calcaire bien affutée du massif jurassien a déchiré le flanc de mon pneu arrière. Je regagne alors tant bien que mal le premier village et m’installe sur un banc devant l’église pour évaluer les dégâts. Survient un cycliste qui, constatant la situation, retourne chez lui pour m’apporter une chambre à air neuve. Bien sûr refus de tout remboursement ! Puis j’appelle le gîte prévu le soir, situé encore à 35 kilomètres, pour annuler la réservation. « 35 kilomètres, ce n’est rien du tout, j’arrive avec ma fourgonnette et je vous ramène, vous et votre vélo ! ». Cerise sur la gâteau, c’est l’anniversaire de la fille ainée de la famille, j’ai droit au champagne à l’arrivée.
Sans un minimum de prise de risque et d’ouverture à l’imprévu, cette belle histoire ne serait jamais arrivée (1) !
Restent les vertus de l’itinérance en solitaire. En perpétuel dialogue silencieux avec soi-même, on se surprend à prendre sereinement des décisions essentielles sur la vie, sur des sujets qui hier encore, dans la confusion du quotidien, apparaissaient difficiles à trancher.
Pas de photos aujourd’hui, la Côte d’Azur est devenue trop laide !
Jean-Paul Hétier
(A suivre)
1 L’histoire est si belle que je vous livre l’adresse : il s’agit des « Frangines » à Saint-Amour. Faites ici une halte, vous ne le regretterez pas !


