Octobre rosse

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Ils poussent chaque année à date fixe, on peut en ce moment les apercevoir dans les rues de nos villes, dans les vitrines, épinglés au revers des vestes et T-shirts. Les parapluies, calicots, rubans, fanions et autres colifichets de toutes sortes, siglés « Octobre rose », qui nous invitent à courir, sauter, taper des mains ou faire du bruit pour faire peur au cancer du sein.

Le discours, invariablement, invite chaque femme à se faire détecter à partir de 50 ans, et surtout à adopter une hygiène de vie susceptible de réduire le risque de survenue de la maladie : 30 minutes d’activité physique par jour, pas de tabac, pas d’alcool, pas de surpoids…

Le message sous-jacent : votre santé est votre capital, gérez-le au mieux. Et donc, si la maladie vous attrape, vous en serez au moins en partie responsable. Dans la start-up nation, où chacun-e est censé être l’entrepreneur ou l’entrepreneuse de lui-même, les malades doivent porter, outre les stigmates de leur pathologie, la culpabilité de n’avoir pas su l’éviter.

Bizarrement, dans ces messages bénisseurs, pas un mot pour expliquer pourquoi la France est le pays où la prévalence du cancer du sein est la plus élevée dans le monde. Rien sur le terrible tableau de bord de la maladie dans notre pays : près d’un million de femmes touchées, 61 000 nouvelles malades chaque année, 12 700 décès annuel, une augmentation de 63 % du nombre de cas détectés à trente ans depuis 1990. Parlons aussi des conséquences extra-médicales : une femme sur trois perd son emploi dans les deux ans qui suivent l’annonce de son cancer. Durant sa maladie, une femme a six fois plus de risque qu’un homme d’être quittée par son conjoint.

Et parlons des facteurs de risque : dans plus de 1 000 tumeurs étudiées par l’Université de Strasbourg, 578 pesticides ont été retrouvés, avec 4 PFAS et 30 métaux lourds. Parmi ceux-ci, un grand nombre sont produits par le géant de la chimie Syngenta, qui produit aussi le tamoxifène, un traitement largement utilisé… contre le cancer du sein ! En 1984, pour élargir son marché, l’entreprise (qui s’appelait alors ICI) a co-fondé la campagne de sensibilisation au cancer du sein devenue Octobre Rose en France.

Vu sous cet angle, Octobre rose est une violence supplémentaire , indécente, infligée aux malades et aux femmes en général.