Quinze organisations appellent l’État à renoncer au projet de ligne aérienne très haute tension qui traverserait la Camargue, la Crau et la Terre d’Argence et à réaffirmer la vocation environnementale de la Camargue.
Alors que le ministère de l’Énergie a lancé le 13 mai 2026 l’instruction de la déclaration d’utilité publique d’une ligne électrique aérienne de 400 kV, les organisations signataires (parmi lesquelles le Comité français de l’UICN, France Nature Environnement, la LPO ou la Tour du Valat) alertent sur la multiplication des projets d’infrastructures menaçant ces territoires et dénoncent un déficit démocratique.
Le delta du Rhône constitue l’une des zones humides les plus vastes et diversifiées d’Europe. Située dans un couloir migratoire majeur, au coeur du « triangle d’or de la biodiversité » formé avec la Crau et les Alpilles, la Camargue concentre aujourd’hui le plus grand nombre d’outils de protection du territoire français : sites Ramsar, Réserve de Biosphère UNESCO, sites Natura 2000, Parc Naturel Régional, réserves naturelles, Grand Site de France… Pourtant, la Camargue et la Crau subissent des pressions fortes et croissantes. La réindustrialisation et la décarbonation de la zone industrialo-portuaire de Fos-Berre vont générer des besoins supplémentaires en électricité qui devraient être principalement couverts par une nouvelle ligne aérienne très haute tension de 400 KV qui traverserait ces territoires sur 65 km. S’y ajoutent des projets de pipelines d’hydrogène à travers la Crau, un projet autoroutier menaçant les rares tourbières du nord de la Camargue, un projet de pont au coeur du delta et des parcs éoliens offshore susceptibles d’affecter de nombreux oiseaux migrateurs. Pris isolément, chacun de ces projets soulève des inquiétudes. Ensemble, leurs impacts cumulés pourraient fragmenter les habitats, fragiliser les dynamiques biologiques et hydrologiques, accroître les risques pour les populations locales et mettre à mal la culture et l’économie de ce territoire comme la vocation environnementale de la Camargue.
Un déficit démocratique préoccupant
Lors du débat organisé par la Commission nationale du débat public (CNDP) en 2025, une opposition forte à la ligne THT aérienne a été exprimée. Une contre-proposition enfouie, jugée crédible par une expertise indépendante mandatée par l’État, a été élaborée et est soutenue par les élus de l’ensemble des communes concernées entre Jonquières et Fos, ainsi que par un grand nombre d’acteurs, dont de nombreux agriculteurs. Malgré cela, le ministère de l’Énergie a lancé le 13 mai 2026 l’instruction de la déclaration d’utilité publique de la ligne aérienne, ignorant les recommandations de la CNDP et les voix des acteurs locaux.
Les organisations signataires de cet appel, très préoccupées par les développements en cours et les menaces qu’ils représentent pour un joyau dont la valeur naturelle et culturelle est reconnue internationalement, affirment que la transition énergétique et la décarbonation de l’industrie ne doivent pas se faire au détriment la transition écologique, et doivent pleinement intégrer les notions de sobriété énergétique, foncière et hydrique, ainsi que l’approche « Une seule santé ».
Pour ces organisations, les aires protégées ne peuvent être des variables d’ajustement des politiques de souveraineté énergétique ou d’aménagement du territoire. Elles considèrent qu’ccepter de tels aménagements et leurs impacts cumulés en Camargue et en Crau, malgré les multiples statuts de protection et labels attachés à ces territoires représenterait un précédent inacceptable. Cela reviendrait à entériner implicitement qu’aucun espace naturel protégé français ne soit réellement protégé.


