La saga ours continue dans les Pyrénées: trois militants ariégeois ont été interrogés une dizaine d’heures sur des opérations anti-ours et une centaine d’élus béarnais et basques ont écrit à Hulot contre la réintroduction des deux ourses.
Trois responsables de l’association anti-ours ASPAP ont passé une dizaine d’heures en garde à vue dans différentes gendarmeries de l’Ariège pour être interrogés notamment sur la diffusion en septembre d’une vidéo anti-ours, a-t-on appris vendredi auprès de l’association. « Ça traduit une volonté de faire taire des leaders pour que l’été soit calme », a indiqué à l’AFP le porte-parole de l’association pour la sauvegarde du patrimoine d’Ariège-Pyrénées (ASPAP), Philippe Lacube, qui a été entendu par les gendarmes de Pamiers. « Il y a deux enquêtes, l’une sur la fameuse vidéo, l’autre sur les évènements autour de l’expertise de Saleix », a rapporté M. Lacube évoquant les tirs « d‘intimidation » qui avaient accueilli quatre gardes de l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage) le 25 août dernier alors que ces agents allaient expertiser des cadavres de brebis. Envoyée à des médias et intitulée « chasse à l’ours », la vidéo d’une minute et 47 secondes avait été diffusée le 14 septembre dernier, dans un climat tendu à la suite de la mort de près de 300 brebis. On y voyait de nuit, un groupe de 25 personnes aux visages masqués par des cagoules noires et fusil de chasse à la main. Les participants annonçaient entrer en « résistance active contre les agents de l’État » et « rouvrir la chasse à l’ours ». Deux membres du groupe avaient tiré des coups de feu. Dans cette affaire, « une simagrée d’organisation terroriste », selon la préfecture, la peine maximale encourue est de 5 ans de prison, 75.000 euros d’amende et interdiction de détenir des armes. « Nous avons tout nié en bloc », a tempêté le porte parole de l’ASPAP, affirmant n’avoir rien à voir avec ces commandos. « D‘énormes moyens sont déployés pour ces enquêtes. Au niveau de l’Etat on perd la tête », a-t-il ajouté. Des tracteurs et environ 150 personnes s’étaient rassemblés jeudi 14 juin dès le début de matinée pour protester devant les gendarmeries de Pamiers, Lezat et Saint-Girons où les trois militants de l’ASPAP étaient interrogés. « Ils ont voulu diluer la mobilisation en nous dispersant » a commenté M. Lacube, prévoyant « un été qui va être terrible, la population d’ours est en train d’exploser en Ariège », a-t-il affirmé.
De l’autre côté des Pyrénées, une centaine de maires et élus de vallées du Béarn et du Pays basque ont écrit à Nicolas Hulot, le « conjurant » d’abandonner le projet de réintroduire deux ourses dans les Pyrénées occidentales, un « ensauvagement programmé » selon eux au risque de grave impact social, économique et de sécurité. Dans la missive au ministre de la Transtion écologique, signée par 100 communes, 7 commissions syndicales intercommunales, 9 groupements pastoraux, les élus se disent « choqués », « meurtris », « indignés par la décision prise sans avoir préalablement pris le temps de (les) informer et de (les) questionner ». Pour les élus qui se décrivent non pas comme « anti » mais « pour », « pour la vie dans nos vallées », « pour la paix dans nos villages », le projet gouvernemental, au-delà des deux ourses, est celui d’une « population autonome et viable » représentant plus d’une centaine d’ours, dont une quinzaine en Pyrénées-Atlantiques et, afin de créer un milieu favorable à l’ours, « de réduire l’influence humaine ». « Ce n’est pas d’un projet d’introduction de deux ourses dont nous avons besoin », mais de construire en urgence un « projet de territoire » qui traite « de la transmission et du renouvellement de l’agriculture, du commerce, de l’artisanat, des activités touristiques et aussi de l’accès à l’école publique, aux soins, au service public… »; écrivent-ils. L’« ensauvagement programmé » par la réintroduction d’ours menacera l’activité des éleveurs transhumants, garants de la richesse de la biodiversité, poursuivent les élus. Et il sera « tout simplement impossible » pour les maires d’assurer leurs obligations de sécurité pour « plus de 80.000 brebis, 20.000 vaches, 3.500 chevaux, 2.500 chèvres et 3.000 ruches qui transhument dans 6.500 km2 ». Au-delà du pastoralisme cet « ensauvagement » « impactera l’ensemble des activités liées au tourisme, à commencer par les sports de montagne et de pleine nature ».
En mars, Nicolas Hulot a annoncé qu’il souhaitait « engager la réintroduction de deux ours femelles dans les Pyrénées-Atlantiques à l’automne », car il ne reste que deux mâles dans ce département, dont le fils de Cannelle, dernière représentante de l’ours de souche des Pyrénées, tuée par un chasseur en 2004. « Votre décision est prise, la concertation n’a plus de sens », insistent les élus, alors que le préfet des Pyrénées-Atlantiques Gilbert Payet, mandaté par le ministre, mène depuis plusieurs semaines une concertation de terrain, avec les pro et anti-ours. La venue du ministre avait été annoncée par M. Payet, une fois sa copie rendue au ministère, « ce qui est en cours », a précisé la préfecture. Qui a toutefois indiqué vendredi 15 juin « ne pas avoir de confirmation sur une venue et une date » de M. Hulot.


