Continuer ou bifurquer

37
⏱ Lecture 2 mn.

205. C’est le nombre de jours qui nous séparent de l’élection présidentielle. Et une chose est sûre : ça va être long et douloureux. Pas seulement à cause du résultat redouté, mais aussi à cause du tombereau d’inepties qu’il va falloir endurer. Le festival a déjà bien commencé.

Pour nombre de candidat-e-s, l’une des figures imposées consiste à fustiger « l’écologie punitive ». Ségolène Royal, qui a jadis abusé de la formule, voit son monopole contesté par Gabriel Attal et Bruno Retailleau. C’est quoi, au fait, ce qu’ils et elle nomment l’ « écologie punitive » ? C’est celle qui fixe des normes, des règles, des cadres applicables à tout le monde, et qui fait prévaloir l’intérêt général sur les voracités individuelles. L’écologie que vomissent celles et ceux qui affirment contre l’évidence que l’intérêt général est réductible à la somme des intérêts particuliers. Les tenants de la « liberté » entendue comme celle du renard libre dans le poulailler libre.

Edouard Philippe, lui, se veut plus subtil (c’est dire la modestie de ses ambitions). Mais à y regarder de près, il y a du pétainisme dans son discours sur le climat. Comme le maréchal en son temps, le maire du Havre se vautre dans l’acceptation de la défaite pour imposer son agenda idéologique : « Le climat, nous ne le maîtrisons pas. En revanche, notre réponse, nous la maîtrisons », a-t-il osé la semaine dernière. Nous ne maîtrisons pas le climat ? Que faut-il en conclure ? Que le réchauffement n’est pas d’origine anthropique (Donald Trump, sors de ce corps !) ? Ou que la France n’a plus l’ambition, ou les moyens, de peser dans le concert des nations pour parvenir à limiter les émissions globales de CO2 ? Eh bien, les deux mon maréchal : « dans ce combat de l’atténuation l’essentiel ne dépend pas de nous » en tant qu’État, mais d’une action coordonnée à l’échelle internationale. Quant à la « réponse » que « nous maîtrisons », quelle serait-elle ? Facile : « On ne réussira pas l’adaptation climatique sans l’économie de marché ». En gros, on ne change rien, et tout ira mieux… Toujours plus de la même chose, voilà ce qu’il nous faudrait. On prête à Albert Einstein -pas à Edouard Philippe…- l’idée qu’ « on ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré ».

Parmi tous ces sinistres personnages, il en est un de particulièrement précieux : Bruno Retailleau. En faisant étalage de sa haine des écologistes -tenus pour coupables des conséquences de la sécheresse et des canicules !- le croque-mort vendéen situe clairement les enjeux de l’élection à venir : le choix se fera entre la poursuite de l’inconséquence actuelle et l’amorce d’une bifurcation salvatrice.

Reste un petit souci : qui pour incarner la bifurcation ?