Feuilleton – Vélo, itinérance, nature

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Parcourir les lieux d’une histoire très ancienne – la transhumance dans les Alpes du sud –  raconter les rencontres et la découverte des paysages, s’émerveiller sans cesse. Tout en surmontant les difficultés multiples de dix journées d’efforts. Tel est le projet de l’auteur de ce journal de randonnée.

Jour 5 : Premier vrai col

29 mai : de Seyne à Barcelonnette

Distance : 51 km        Dénivelé : 1 480 m

Aujourd’hui, je vais pénétrer dans l’univers des Alpes, les vraies. La Routo prévoit de passer de la vallée de la Blanche à la vallée de l’Ubaye par le col de Bernardez, encore enneigé (2 500 m). Impossible pour moi ! J’ai donc choisi une variante par le col Bas, 2 100 mètres d’altitude tout de même !

L’ascension commence par une petite route dans la forêt, les premiers mélèzes apparaissent. Puis se poursuit par un chemin forestier en balcon. C’est le cinquième jour, le corps s’est habitué à l’effort et les 800 mètres de dénivelé sont avalés sans trop de peine. Au sommet, c’est la récompense : flore alpine, prairies humides, cabane de bergers, sommets enneigés (les brics du Queyras déjà)…, et un banc pour contempler et prendre un peu de repos.

Au début, la descente est assez ludique, le relief est doux, et je traverse même quelques névés. Puis je m’engage dans les versants abrupts couverts de forêts d’épicéas et de sapins qui surplombent la vallée. Le sentier devient difficile. Et surtout de très nombreux arbres sont tombés en travers du sentier au cours de l’hiver ; il est un peu tôt en saison pour que l’entretien ait été réalisé. En vélo, surtout si chargé, c’est un problème. Parfois je passe dessous, tant mieux. Mais souvent, il faut l’enjamber, hisser le vélo par-dessus, après avoir cassé les quelques branches qui s’opposent à l’exercice. Bref, c’est assez fastidieux, d’autant que broussailles et branchages pointus dessinent de belles signatures sur les mollets.

Je finis par regagner la vallée. Le chemin évite la route et remonte le cours de l’Ubaye, gonflée par la fonte des neiges, jusqu’à Barcelonnette où une lourde pluie d’orage m’oblige à trouver un abri.

C’est d’ici, de Barcelonnette et de Jausiers, à la fin du 19ème siècle, que quelques audacieux sont partis au Mexique faire fortune dans les « grands magasins ». Revenus au pays, ils ont bâti de riches demeures, inspirées de l’architecture mexicaine. On les appelle les « barcelonnettes ».

Ce soir, étape chez mes amis Jean-Philippe et Christine. J’ai travaillé avec Jean-Philippe une trentaine d’années pour la sauvegarde de la nature et nous nous sommes retrouvés par hasard il y a un an. Son épouse, Christine, est alpiniste et éditrice. Je découvre leur lieu de vie apaisant, aménagé dans une « barcelonnette ». Je suis reçu comme un roi et nous passons une belle soirée de retrouvailles, avec leurs amis.

Ces moments sont importants, lorsque je fais halte chez des amis trop peu souvent visités, ou auprès d’oncles ou cousins dont le quotidien et la vie nous ont éloignés. Je suis un voyageur, je sollicite le gîte et le couvert et chaque fois, depuis huit ans, c’est un vrai grand moment de retrouvailles.

Jean-Paul Hétier

(A suivre)