Parcourir les lieux d’une histoire très ancienne – la transhumance dans les Alpes du sud – raconter les rencontres et la découverte des paysages, s’émerveiller sans cesse. Tout en surmontant les difficultés multiples de dix journées d’efforts. Tel est le projet de l’auteur de ce journal de randonnée.
Jour 3 : Des lavandes et des sauges de Valensole à la poire Sarteau
27 mai : de Riez à La Javie
Distance : 85 km Dénivelé : 1 550 m
Escalade à froid pour remonter sur le plateau de Valensole. Objectif : le village perché de Saint-Jurs. Je rejoins le premier randonneur rencontré depuis mon départ. Quelques échanges, le plateau de Valensole (30 km) est un peu long à pied. Puis je gagne en altitude, le paysage devient grandiose et sauvage. Je surprends plusieurs biches qui s’enfuient avec souplesse. Au détour d’un promontoire, deux vautours fauves prennent un envol majestueux à quelques mètres. La réintroduction de cet oiseau autrefois disparu semble être un vrai succès.
Après Saint-Just, cap vers l’ouest, les vues sur les cultures géométriques de lavande, thym et autres plantes aromatiques, deviennent inoubliables. Puis on redescend vers Bras d’Asse dans une forêt littéralement massacrée par le motocross, hélas. Les lacets du sentier ont laissé la place à de profondes tranchées, parfois de plusieurs mètres de profondeur, difficiles à franchir même à pied. En vélo, c’est un véritable exercice d’équilibriste.
Déjeuner à Digne, sous une chaleur intense. Puis je ne parviens pas vraiment à retrouver les balises du GR 69. Trompé par d’anciennes marques de GR, je m’engage dans une ascension en rive droite de la Bléone, progressivement de plus en plus étroite, pentue, embroussaillée. Faut-il persévérer ou faire demi-tour ? Ce sentier va sûrement déboucher quelque part, Maps m’indiquera ensuite comment retrouver la Routo ! Arrivé épuisé et trempé de sueur au sommet, sur une petite route, 300 mètres plus haut. Maps est sans pitié : il faut redescendre à Digne, par la route cette fois !
Perdre le sentier est un risque permanent, qui peut allonger considérablement une étape. Le marquage des GR est assez inégal et surtout, il est conçu pour la randonnée pédestre mais pas pour les cyclistes, qui circulent trois fois plus vite. La solution : créer avant le départ une trace gpx pour chaque étape, qui permettra au compteur de vitesse de jouer le même rôle que le GPS d’une voiture (« dans 50 mètres, tournez à droite »…). On peut généralement trouver sur Internet la trace de chaque GR, qu’il est ensuite possible de découper par étape et d’adapter à la marge pour contourner les sections trop acrobatiques[1]. Mais parfois, on se perd quand même…
Quelques dizaines de kilomètres plus loin, arrivée juste avant l’orage à La Javie, petit paradis préalpin. Je fais étape au gîte de la Pastoulière, accueilli comme un roi. Je me souviendrai longtemps de notre longue soirée avec mes hôtes à parler de La Javie et à refaire le monde autour d’une bouteille de liqueur de coing faite maison.
Jean-Paul Hétier
(A suivre)
[1] Le site gratuit « gpx studio » est parfait pour préparer un itinéraire.


