PACA : l’érosion des calanques, le déni des riverains

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En couplant une approche géologique et sociologique, une étude conduite par le Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM) a permis de confirmer l’érosion des falaises du littoral de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et d’analyser le comportement des riverains face à ce phénomène.

Les falaises méditerranéennes reculent, lentement mais sûrement. Ainsi, pour la première fois en PACA, un taux de recul a été évalué sur une portion de falaise située sur la commune de Carry-le-Rouet. Verdict : 1 cm est rogné en moyenne chaque année, sous l’effet des vagues, des pluies, des tempêtes mais aussi des infiltrations d’eau générées par les activités humaines (arrosage des jardins, vidange des piscines, etc).

Ce résultat est le fruit d’une campagne de mesure de 17 mois, menée de manière innovante par des scans laser effectués en bateau. 15 000 cicatrices d’éboulements ont ainsi été enregistrées en quelques mois, alors que seulement 21 événements étaient recensés à l’échelle du littoral de la commune.

Cette falaise, constituée de calcaire, de sable et d’argile est connue pour sa vulnérabilité. L’éboulement récent le plus important a eu lieu en 2008, 500 m3 de roche est tombé, un volume équivalent à celui d’une maison individuelle. En 2005, un événement a été évalué à 200 m3.

Cette érosion n’est pas nouvelle, elle a pu être datée sur une période couvrant plusieurs dizaines de milliers d’années, avec une roche abîmée par les alternances de périodes glaciaires et interglaciaires, ou par des tempêtes extrêmes. Le changement climatique à venir pourrait aggraver le phénomène, même s’il n’est pas comparable au recul qu’on peut observer sur d’autres régions : les falaises normandes subissent par exemple une érosion de 15 à 20 cm par an en moyenne, avec des éboulements pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers de m3.

Comment les habitants concernés réagissent-ils face à ce risque ? 98% des riverains consultés identifient l’érosion du littoral de Carry-le-Rouet. 75% mentionnent des zones d’éboulement confirmées par la mesure géologique. Ils ont néanmoins tendance à minimiser le risque, évoquant des taux de recul éventuels d’1 mm sur plusieurs années. 51,2% des habitants vivant à proximité des éboulements catalogués considèrent d’ailleurs que leur logement n’est pas exposé. De façon quasi-unanime (99%), ils attribuent l’érosion à des causes naturelles, à l’action de la mer et des vagues qui fragilisent le bas de la falaise. Ils sont en revanche moins enclins à identifier les causes humaines (48%). Ils sont majoritairement confiants dans la technique comme rempart face à la nature, et sont pour 77,4% d’entre eux demandeurs de travaux de confortement.

Les acteurs publics sont plus réservés sur ce point, estimant que la mer gagnera toujours sur le long terme.

Ces résultats sont issus d’une analyse qualitative (entretiens semi-directifs effectués auprès de 40 riverains, décideurs et gestionnaires) et quantitative (enquête par questionnaire auprès de 125 riverains). Avec un croisement entre les lieux d’habitation et les éboulements catalogués. Sur le plan sociologique, il s’agit d’une population aisée : les quartiers parmi les plus luxueux de la commune sont aussi les plus exposés au risque d’érosion.