Colombie : des anciens combattants des FARC engagés pour la biodiversité

Photo d'illustration © Dfoa de Pixabay

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Comment réinsérer les anciens guérilleros des Forces armées révolutionnaires colombiennes (FARC), désœuvrés depuis l’accord de paix signé en 2016 ? En les enrôlant dans un programme d’inventaires de la biodiversité, intitulé Paz con la naturaleza (« La paix avec la nature »).

La Colombie est le deuxième pays le plus riche en biodiversité au monde avec plus de 56 000 espèces enregistrées, dont environ 9 000 sont uniques. Mais la protection de ce trésor naturel et la recherche scientifique ont été extraordinairement difficiles pendant les presque 55 ans de la guerre civile qui a opposé les FARC à l’Etat colombien. Depuis l’accord de paix de 2016, plus d’une vingtaine d’expéditions scientifiques ont été menées, la plupart dans des zones qui étaient auparavant des zones de conflit. Elles ont permis de découvrir plus de 150 nouvelles espèces animales et végétales. Cette floraison de la recherche offre une nouvelle opportunité aux milliers d’anciens combattants qui recherchent aujourd’hui un travail. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

C’est l’idée mise en œuvre par une équipe de scientifiques dirigée par un généticien de l’université de Sidney, Jaime Gongora, lui-même de nationalité colombienne, qui ont entrepris de réinsérer ces combattants dans la vie civile. Un récent recensement a révélé que les anciennes Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC-EP) comptent environ 10 000 personnes. Environ 40 % de ces anciens guérilleros ont une expérience dans le domaine de la protection de l’environnement et 70 % ont des compétences agricoles. Environ 10 % souhaitent travailler dans les domaines vétérinaire, de l’aquaculture et de la production animale, 60 % dans l’agriculture et 84 % dans la restauration de l’environnement terrestre et fluvial.

Ils ont commencé par former ces nouveaux collaborateurs scientifiques à l’occasion d’un atelier national avec les représentants de 16 Espaces territoriaux de formation et de réinsertion (ETCR) de tout le pays. Ils ont pu réfléchir à leurs perceptions personnelles et scientifiques du monde naturel, cartographier les écosystèmes de leur région et étiduer des projets d’écotourisme. L’équipe scientifique a ensuite utilisé des études de cas pour apprendre aux membres de nos ateliers comment faire l’inventaire des espèces dans une zone donnée, envisager la promotion d’un « tourisme de la nature » et de modèles commerciaux pour l’utilisation de la biodiversité dans les entreprises d’écotourisme.

L’une des parties les plus intéressantes pour les anciens combattants était l’apprentissage des techniques d’inventaire. Ils ont appris à faire des relevés indirects, par exemple en utilisant des empreintes de pas et des fèces, à observer et capturer directement, à utiliser des jumelles, des caméras de piégeage, des tablettes et des mobiles, à accéder aux ressources d’identification taxonomique, et certaines méthodes d’échantillonnage de base non invasives.

Au-delà de la formation scientifique, l’objectif était également de donner aux participants une idée claire de la manière dont ces connaissances pourraient devenir un travail rentable. Un forum et 60 réunions ont été organisées pour que les anciens combattants des FARC puissent rencontrer des représentants des principales institutions et agences de recherche colombiennes et obtenir un soutien pour leurs initiatives en matière d’écotourisme et de biodiversité.

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